Journal Réel : octobre 2004

à propos du livre « Cherche désespérément l’homme de ma vie »

Interview de Sylvie Tenenbaum

Réel : Pourquoi les femmes se trompent-elles autant en amour ?
- Sylvie Tenenbaum : Elles ont une certaine idée de l’amour et une certaine idée d’un prince charmant… qui n’existe pas. Elles critiquent alors les hommes.
Je trouve que ce mouvement va croissant et là, les femmes se trompent.

Réel : Le prince charmant, c’est uniquement dans la tête des femmes ?
- S.T : Oui, et à tout âge. A 60 ans il y en a qui l’attendent encore !

Réel : Mais c’est quoi, ou qui, ce fameux prince charmant ?
- S.T : C’est un être qui n’existe pas ! C’est un mythe… qui a absolument toutes les qualités physiques, morales, intellectuelles… mais qui est construit de toutes pièces en fonction des contes de fées, de certains livres, de rêves.
Les femmes confondent le rêve et la réalité. Leur prince charmant n’est pas un être humain.

Réel : Pourquoi dites-vous que beaucoup de femmes sont des adolescentes en amour ?
- S.T : À quinze ans, le prince charmant, ça peut être mignon. Mais il arrive un moment où, adulte, il faut redescendre sur terre.
Les femmes peuvent être très mûres dans l’organisation de leur vie professionnelle, mais dans le domaine affectif ce sont parfois des petites filles ou des adolescentes.

Réel : Mais pourquoi ?
- S.T : Nous sommes dans une société qui est dans le tout, tout de suite, maintenant.
Le bonheur cela ne se trouve pas dans un distributeur de coca ou de café. Et j’ai parfois un peu l’impression que c’est ce qu’il y a dans leurs têtes.
Beaucoup de choses pourtant leurs ont été difficiles. Ce n’est pas toujours facile de mener à bien une carrière. Elles se sont battues mais elles croient peut-être encore qu’en se battant, elles trouveront l’amour idéal. Mais l’idéal dans la vie affective, ce n’est pas la réalité, en tous cas celle des hommes et leur façon de vivre à deux.
Au début d’une relation, il y a un grand enthousiasme car elles se sentent aimées donc exister et puis après ça redescend parce que la réalité les rattrape.

Réel : Et le prince charmant devient un prince déchu ?
- S.T : C’est ça, exactement. C’est une bonne formulation. J’aurai dû la trouver. (Rires)

Réel : Elle est dans votre livre, je crois.
- S.T : Si le prince ne remplit pas à tous les critères 20 sur 20, il est jeté comme une vieille serviette ! Les femmes critiquent les hommes qui prennent les femmes pour des objets, mais c’est pareil dans l’autre sens !

Réel : C’est-à-dire ?
- S.T : Les hommes deviennent un peu des dossiers.

Réel : Pour une femme qu’est-ce qu’un homme disponible ? Et jusqu’à quel point ?
- S.T : Un homme disponible c’est déjà un homme qui n’est pas marié, qui n’a pas d’autres relations, qui ne travaille pas jusqu’à 21 h et qui n’apporte pas son portable à la maison pour travailler la nuit.
Mais certaines femmes désirent que l’homme leur consacre tout son temps libre. Plus de copains, plus de famille à eux, etc.

Réel : Là aussi, c’est un manque de maturité ?
- S.T : C’est totalement infantil. C’est comme le tout petit enfant qui dans les deux premières années de sa vie avait sa mère à sa disposition. C’est de la toute puissance infantile.

Réel : La confusion des désirs, c’est quoi ?
- S.T : C’est : "je veux un homme dans ma vie et en même temps je les trouve tous nuls !"
Ce peut être aussi : "je ne veux pas sacrifier ma liberté alors je veux une relation d’amour total et en même temps je ne veux pas donner grand-chose". La femme, souvent ne sait pas ce qu’elle veut.
Quand arrive le moment où bientôt il faudra qu’elle trouve un homme qui sera le papa de ses enfants, elle commence peut-être à baisser un tout petit peu la garde mais en même temps beaucoup disent qu’elles préfèrent choisir un homme plutôt qu’un père pour leurs enfants.

Réel : Pourquoi dîtes-vous que les contes de fées font des ravages ?
- S.T : Parce que, dans les contes de fées, "ils se marient et font beaucoup d’enfants"… mais on ne les voit pas vivre ensemble. On ne sait pas s’il y a des scènes de ménages !
Les contes montrent pour la plupart que la vie de la dame est très difficile, que c’est une pauvre cendrillon, qu’elle patauge dans les cendres et qu’il faut un prince pour la sauver de tout cela.
En fait, les femmes cherchent un homme qui les sauve de leur vie, de leur désert affectif, qui leur donnent le sentiment d’exister. Je ne suis pas sûre que les hommes en demandent autant.

Réel : La culture actuelle est encore féroce pour les femmes seules ?
- S.T : Jusqu’à 30 ans non. Elles font leurs carrières, mais si après elles restent seules, beaucoup pensent que c’est par ce qu’elles ont un problème.
Ou alors quand elles multiplient un peu les aventures après 30 ans, elles n’ont pas très bonne réputation.

Réel : C’est quoi une femme intoxiquée de l’amour ?
- S.T : C’est une femme qui n’aime pas l’homme comme une personne, un être humain de chair et de sang, d’âme, de cœur et d’esprit. C’est une femme qui est amoureuse de l’amour et donc qui va plaquer tout ce dont elle rêve en termes de vie amoureuse sur quelqu’un qui lui plait physiquement.
Comme, petit à petit, elle va s’apercevoir que ce quelqu’un est un être humain, elle va aller vers une autre rencontre.
C’est la quête du Graal. Elle cherche l’amour et non pas quelqu’un pour vivre l’amour. Finalement le partenaire devient gênant. Il vaut mieux parfois en rêver.

Réel : La différence entre être amoureuse et aimer, c’est quoi ?
- S.T : Etre amoureuse ou amoureux c’est être très attiré(e), avoir besoin d’être avec, de se toucher, de partager plein de choses mais sans vraiment connaître l’autre.
Aimer, c’est connaître, c’est aller en profondeur.

Réel : Pourquoi certaines femmes s’habituent-elles à la souffrance ?
- S.T : Elles pensent que le rêve est mieux que la réalité.
Tant qu’elles sont dans le rêve, elles souffrent moins donc vite, vite, elles rentrent chez elles pour rêver !
Vraisemblablement, elles ont vu leur mère souffrir en couple.

Réel : Des mères, on s’en sort ?
- S.T : Si la fille veut bien s’en sortir sans trop culpabiliser. Souvent elle a besoin d’un accompagnement.

Réel : De l’accompagnement d’un homme ? D’un psy ?
- S.T : D’un psy. Un homme peut peut-être le faire mais enfin un homme ne peut pas remplir tous les rôles non plus. Même si l’homme est psy, il vaut mieux qu’il ne soit pas le psy de sa femme.
Se sortir de mères très prégnantes, c’est vraiment difficile. Il faut que les filles arrivent à ressentir toute la colère enfouie au fond d’elles.

Réel : Vous parlez même de violence psychologique.
- S.T : J’ai entendu des mères dirent des choses monstrueuses à leurs filles. Par exemple : "Tu n’as pas le droit de me quitter !" Ou alors, "de toute façon, tu as vu la tête que tu as"

Réel : Beaucoup de mères ne sont-elles pas dépressives ?
- S.T : Oui et leurs filles ont très peur d’être comme leur mère et elles se sentent obligées d’être les filles de compagnie de leur mère.

Réel : Qui joue le plus la comédie ? L’homme ou la femme ?
- S.T : Dans la séduction, tout le monde joue la comédie. Les femmes sont réputées pour ça.

Réel : En tous cas, elles accusent les hommes de le faire.
- S.T : Oui, mais cela s’appelle de la projection.

Réel : Pour vous, il n’y a pas de hasard, on rencontre le partenaire en fonction de ses croyances ?
- S.T : C’est ça. On se rencontre d’inconscient à inconscient.

Réel : Quand vous décrivez la femme comme un peu immature, un peu dominée par sa mère, n’êtes-vous pas en train de dire que c’est une absence de père ?
- S.T : Si. Complètement. En général le père ne s’occupe pas de sa fille ou alors il est terriblement possessif et jaloux.

Réel : Comment une femme fait-elle pour ne pas chercher désespérément l’homme de sa vie ?
- S.T : Mon livre a vraiment été écrit pour cela : proposer aux femmes des pistes de réflexion pour prendre conscience des choix qui ont été faits, de leurs responsabilités dans leurs ruptures. Il n’y a pas que des "méchants hommes" qui les quittent.
Quand on est quittée, c’est qu’en général on a tout fait inconsciemment pour l’être.


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