Interactions entre Hypnose et Sophrologie

Dr Yvan Carapina, Médecin Urgentiste, Hypnothérapeute, Sophrologue. -

Médecin installé sur Bayonne depuis 2003, j’exerçais principalement dans le domaine de l’urgence : SAMU, Urgence hospitalière, puis à SOS médecin, une médecine spécialisée dans le déplacement à domicile.
J’ai découvert la Sophrologie Dynamique® en 2006 à travers le premier cycle de formation, puis j’ai étudié l’hypnose médicale (axée sur la douleur) à l’université de Bordeaux.

Ma passion : Les états modifiés de conscience.

Depuis très longtemps, je suis intéressé par les états modifiés de conscience, c’est à dire un état de flottement, entre la veille et le sommeil, au cours duquel nos perceptions sensorielles relatives au monde extérieur s’estompent. Cet état permet à l’individu de s’ouvrir à d’autres perceptions habituellement inconscientes. C’est également ce que nous nommons en Sophrologie Dynamique® le « niveau paradoxal d’éveil ».

Ce vécu particulier peut être spontané dans certaines circonstances de la vie :
- pertes de contrôle repérables dans la vie courante : rêveries, état amoureux, conduites « hystériques » de fans, adhésions déraisonnables aux discours d’un leader, absorption dans une situation imaginaire, conduite automatique d’une voiture avec oubli du temps, absorption des enfants dans le jeu.
- il existe des formes extrêmes souvent pathologiques : colère-rage des personnalités explosives (guerrier ber-sek qui ne sent plus, ni ressent son corps), conduites « automatiques » de certains patients boulimiques etc...
- je peux inclure aussi les états de choc et leurs dysfonctionnements moteurs et intellectuels lors d’agressions…stupeur, sidération, marche automatique…

D’autres part, le niveau paradoxal d’éveil peut être provoqué :
- par une induction de type hypnotique, Sophrologique ou par la méditation.
- dans des formes de transes rituelles, dans des pratiques mystico-religieuses (extase, états des derviches tourneurs,…) dans lesquelles les musiques et les danses ont pour objet d’induire un changement mental.

Ma rencontre avec la Sophrologie Dynamique® et l’Hypnose ont pris beaucoup de sens pour moi car, sans le savoir, cela faisait des années que je pratiquais ces états modifiés de conscience. D’un coté dans mes loisirs depuis l’enfance à travers le jeu d’échec, le jeu de rôle, le sport. Mais aussi, d’un autre coté, dans ma pratique médicale d’urgence. En effet, il m’est arrivé fréquemment, lors d’une intervention, de passer rapidement d’un état serein à une situation extrêmement conflictuelle, violente. Cela induisait chez moi une probable dissociation spontanée, me plaçant dans un état de conscience modifié, qui me permettait de m’abstraire du contexte émotionnel fort, et de fournir instantanément une réponse adaptée « intuitivement » .

Qu’est ce que l’hypnose ?

L’hypnose Eriksonienne est l’outil que j’utilise le plus facilement.
L’hypnose, donc, fait partie des états modifiés de conscience, naturellement et nous allons, par contre, induire cet état pour l’utiliser en thérapie. Pour induire cet état chez une personne dès la première rencontre, il va me falloir générer un climat sincère de confiance.

La séance d’Hypnose commence dès la première consultation à travers l’anamnèse où l’objectif est d’obtenir le maximum d’informations sur le patient : son réel motif, comment décrit-il son problème, avec quels mots, quelles intonations, quels débits de paroles, comment s’exprime t’il avec son corps, ses postures, il faut laisser un grand espace d’écoute et observer.
C’est la première grande étape pour générer la relation de confiance (note : en moyenne en France, dans un cabinet de médecine générale, le patient est interrompu à environ 18 secondes).

Je vais pouvoir ensuite reformuler intégralement ou avec déjà quelques petits changements son discours. C’est à dire répéter certaines informations pour le patient, lui prouvant que je l’écoute. Je peux déjà recadrer par la reformulation. Par exemple : le patient :« ma belle-mère est terriblement affreuse », je répète : « votre belle-mère n’est pas sympathique »..Je diminue l’intensité.

Une fois que le patient s’est exprimé jusqu’au bout, j’ai donc les informations nécessaires pour m’adapter, me synchroniser à sa gestuelle, premier pilier de la communication, puis le para-verbal (débit de parole, intonation,...) et le verbal (langage soutenu, ou plus familier..).

Une fois ces premières étapes passées, je vais proposer au patient de le rejoindre pour me mettre du même coté du bureau. J’entre alors, s’il accepte, dans sa bulle proxémique. Je renforce encore un peu plus notre relation de confiance, en quittant mon bureau, et en me mettant au même niveau que le patient. Je laisse derrière ce bureau le pouvoir du médecin.

Puis, nous commençons une séance, proprement dite, par une induction (terme repris de l’anesthésie pour endormir de façon thérapeutique).
L’induction va focaliser, concentrer l’attention consciente du patient sur un travail particulier ce qui va nous permettre de placer des suggestions de détente, de relaxation, mais aussi, dès le début, des suggestions en rapport avec le motif de consultation.

Nous pouvons focaliser l’attention du patient de différentes manières. Voici différents types d’induction :
- La fixation visuelle d’un point sur le mur, sur un tableau. Par le jeu de rôle, en faisant « comme si » nous étions relaxés, comme si nous étions en voiture sur une autoroute, où rien ne se passe, ou devant un bon film agréable.
- Par la mémoire, en se remémorant un souvenir agréable par exemple, ou un autre état hypnotique connu par le patient.
- Il existe aussi une induction par saturation psychique (compte à rebours de 3 en 3, commençant par mille, en tapant du pied droit régulièrement. Milton Erikson racontait par exemple une histoire longue et très ennuyeuse.)
- De plus, il existe une induction par contraction ou décontraction de certaines parties du corps. Un peu comme notre introspection dynamique qui nous permet de focaliser l’attention sur le corps.

Pendant l’induction, je vais commencer une dissociation qui va accentuer cet état de transe. Je vais dans mon phrasé commencer à dissocier le corps et la personne. En parlant de « ce » corps, « cette » main, « cette » respiration.
Les verbes lors de suggestions tels que « imaginez » « regardez », « appréciez », « supposez » vont faciliter cette dissociation. C’est une étape essentielle à l’induction pour que tout concourt à ce que l’hypnotisé soit acteur et spectateur pendant le niveau paradoxal d’éveil.

Puis nous utilisons le V.A.K.O.G. (Visuel, Auditif, Kinésthésique, Olfactif, Gustatif) lors d’une description d’un endroit calme et paisible. « Ces » yeux vont pouvoir découvrir tel endroit, le ciel, la nature environnante. « Ce » nez va se permettre de capter les odeurs, parfums, tandis que « ces » oreilles captent les sons, une musique, des bruits etc... Dissociation donc du corps, ici présent, et de ses sens qui captent des informations du passé, ou d’un éventuel futur. Nous obtenons par ce biais, un approfondissement de l’état modifié de conscience.

Dès que les premiers signes d’entrée en Niveau Paradoxal d’Eveil sont présents, je vais utiliser des suggestions pour commencer le travail sur le motif de consultation.
La suggestion est l’outil de base de l’Hypnothérapie pour approfondir la transe mais aussi pour induire des changements de comportements.

En Hypnose Eriksonienne, il existe différentes suggestions dont voici quelques exemples :
- directes : « libérez vous du tabac » « installez vous confortablement dans ce fauteuil et quand vous êtes bien installé, fermez vos yeux »
- Composée : Association de deux évidences (ou plus) suivi d’une suggestion que le conscient va associé aussi comme une évidence. Exemple : « vous êtes maintenant dans mon bureau.....confortablement installé dans ce fauteuil.....et vous trouvez progressivement un soulagement à votre inconfort ».
- Indirectes : approche typique de Milton Erikson. Ces suggestions se rapportent au problème immédiat mais de façon voilée et discrète pour contourner l’esprit conscient du patient et de ses croyances limitatives. Nous retrouvons là, les contes, les métaphores, des plaisanteries, des analogies, des jeux de mots, etc...

Séquence d’acceptation : utilisation de truismes (succession d’évidence que l’esprit conscient du patient ne peut nier)... Maintenant que vous êtes confortablement installé, et que vous expirez lentement (pendant que le patient expire), vous allez vous permettre de faire l’expérience d’une relaxation agréable.

Evolution de ma pratique : interactions entre Sophrologie Dynamique® et l’hypnose.

J’ai ouvert en janvier 2009 un cabinet d’Hypnose médicale où je souhaitais travailler avec cet outil en séances individuelles, orientées sur un motif de consultation.
En parallèle je souhaitais pratiquer la Sophrologie Dynamique® en groupe, pas dans un but thérapeutique mais de prise de conscience, de développement personnel.
Je me suis retrouvé très rapidement avec une population de patients souhaitant faire disparaitre (comme par magie) leurs symptômes divers et variés. Ces patients souhaitent une thérapie brève, ne souhaitaient pas de travail plus profond sur eux-mêmes, mais juste sur leurs symptômes.

J’ai donc affaire souvent à des patients très « cartésiens » « rationnels », qui ne souhaitent pas voir de Psy (psychiatre, psychologue, psychothérapeute) car ils ne sont pas « fous », ou parce qu’ils n’ont pas le temps de suivre une thérapie qu’ils imaginent « longue ».

Depuis 1 an et demi donc les motifs de consultation sont les suivants (cités par ordre de fréquence) :
Anxiété généralisée, attaque de panique, spasmophilie, tétanie.
Troubles du sommeil (insomnie, trouble d’endormissement)
Phobies (animaux, vertiges, agoraphobie)
Arrêt tabac
Douleurs chroniques (lombalgies, dorsalgies, migraine)
Troubles sexuels (érection, dyspareunie : douleur gynécologique)
Gestion du stress (pour les examens, compétition)
Performance sportive (surf, golf)
Troubles obsessionnels compulsifs
Acouphènes

Dans les premiers mois, je me suis cantonné à une pratique de l’hypnose, du type Eriksonienne. Une induction par la parole ou fixation d’un point, sans exercice physique, portant sur une voix monocorde, des suggestions simples de détente relaxation, avec ensuite une dissociation amenée lors d’un rêve éveillé, avec si possible approfondissement de la transe, de l’état modifié de conscience, puis travail spécifique sur le symptôme du patient, ce pour quoi il consulte.

J’ai noté que 50% de mes patients (les plus anxieux) avaient du mal à lâcher prise de façon correcte. Le ton monocorde, le fait de ne pas bouger sur un siège pendant plusieurs minutes les angoissaient encore plus.
A partir de ce moment, j’ai incorporé l’introspection dynamique (sophrologie dynamique) en guise d’induction (En hypnose : induction cénesthésique).
J’ai utilisé l’introspection dynamique en 3 parties, et celle du dépoussiérage, induction que je connaissais bien. J’ai également opté l’emploi du « nous » qui me réintroduit dans la séance, qui est plus accompagnant, rassurant, pour les premiers pas vers l’inconnu, le changement, au lieu du « vous » allez sentir la décontraction, « vous » allez pouvoir vous autoriser à…etc…Le « vous », se heurte très rapidement aux défenses des patients alors que le « nous » étant plus indirect, va moins mobiliser la défense du patient.
De plus, mes séances devenaient beaucoup plus concrètes, « palpables », cela devenait moins flou, moins virtuel pour ces patients anxieux. Les introspections m’offraient un support facile pour mes suggestions à venir. En effet, la personne rationnelle, consciente en face de moi, ne peut contredire qu’elle se frotte les oreilles ou les mains, ou son cuir chevelu etc...

Exemples de suggestions pendant l’introspection :
« Et tandis que nous stimulons le cuir chevelu, nous pouvons nous laisser glisser doucement, tranquillement dans cette relaxation que nous connaissons bien maintenant ! » (pause)
Et maintenant, que nous avons stimulé le haut de ce corps jusqu’aux épaules, et que nous avons capté ces sensations corporelles, nous pouvons nous permettre de comparer ce haut du corps stimulé et détendu, et le bas du ce corps pas encore stimulé.(suggestion composée de truismes)
(pause)
Et tandis que nous comparons le haut et le bas, nous pouvons tranquillement , nous laisser glisser dans cet état de conscience particulier, entre deux eaux, entre rêve et réalité, où l’important est de ne rien faire, juste être là, à explorer ce corps et cet état entre deux états.
(pause)
Maintenant ……….que vous êtes……………confortablement installé dans ce fauteuil…..et que vous respirez naturellement…

Vous pouvez faire l’expérience de cette relaxation profonde , agréable, maintenant, ou dans quelques instants, cela n’a pas d’importance
(suggestion choix illusoire) »

L’adhésion des patients étaient bien plus efficace, ainsi que leur lâcher prise, et cela dès la première séance !
J’ai donc continué d’incorporer les exercices dynamiques, avec l’activation /désactivation des sensations corporelles, et l’expression de la qualité d’être.

Milton Erikson souhaite pour les patients leur faire « gouter » à cet état de relaxation profonde et qu’ils en prennent conscience afin d’ancrer en eux cette expérience.

Puis j’ai de nouveau, « saupoudré » de suggestions directes, indirectes, paradoxales, accentuant la dissociation au cours de l’introspection en parlant de « ce » corps, « ces » mains, « ce » thorax. Ce qui permet aux patients dans un premier temps de fixer leur attention, leur esprit conscient sur leur corps, mais en même temps de prendre de la distance par rapport à celui-ci. Donc à partir du moment où il est « distancié », il va pouvoir s’autoriser à faire l’expérience d’un changement, car il va tenter un changement sur « cette » main par exemple qui n’est déjà plus « sa » main.

Par la suite, motivé par mes premières expériences fructueuses, j’ai continué d’incorporer les exercices sur l’émotion (gestion émotionnelle, sourire intérieur) avec toujours la notion d’activation, désactivation, sentiments d’être.

Milton Erikson Utilise souvent des régressions en âge, pour aller avant un accident, une agression ou tout simplement aller remettre au goût du jour des compétences enfouies, cachées depuis des années auxquelles le patient n’a plus accès.
J’utilise maintenant dans le même ordre d’idée les exercices sur la mémoire, les valeurs.

Conclusion du praticien :

L’expérience pratique auprès des patients et ses résultats positifs m’amènent à conclure que les exercices dynamiques sont l’équivalent de suggestions indirectes puissantes, comme les métaphores. En effet, chaque inconscient comprendra et utilisera à sa manière le message véhiculé par l’exercice corporel afin de débloquer une situation, de s’adapter, d’accepter un changement. Comme nous l’avons vu précédemment, le corps représente au moins 70% de notre communication, et donc il est nécessaire de ne pas omettre cette donnée.

Je pratique donc maintenant en thérapie individuelle avec une base de Sophrologie Dynamique® soutenue et renforcée par l’utilisation de procédés techniques d’Hypnose Eriksonienne. Les résultats sont très satisfaisants auprès des patients, qui souhaitent pour la plupart poursuivre une découverte de leur corps, de leurs émotions à travers l’outil de Sophrologie Dynamique®. Le projet de faire des groupes hebdomadaires est en cours avec une collègue Sophrologue de Bayonne.

Conclusion de l’homme :

Durant 18 mois de travail avec ces outils, j’ai pris conscience de la disharmonie corporelle /émotionnelle dans laquelle je vivais auparavant.
Dernièrement, à la fin d’une journée de consultation sophrologie, un patient m’a demandé si je n’allais pas m’ennuyer dans mon nouveau cabinet à ne plus faire d’urgence, ne plus sauter dans ma voiture etc... Et j’ai eu un flash, me remémorant une de mes dernières gardes de nuit. Lors de cette nuit j’ai enchainé 12 heures d’affilées, sans boire, sans manger, volant d’urgence en urgence, dans ma voiture, seul. J’ai commencé par une hospitalisation d’office, violente, suivi d’un gardé à vue qui se cognait la tête contre les murs, puis un suicide par arme à feu, infarctus etc....seul avec tout ça…et hop, je rentre le matin, comme si de rien n’était, et c’est comme ça depuis plus de 10 ans.

Pas de cellule de décompression, de partage comme pour la police. Non, rien ! A croire que les soignants sont des surhommes...pas besoin de manger, ni de boire, ni d’aller aux toilettes… de vraies machines. Et en plus, le matin ils oublient tout…fantastique !!!

J’ai donc pris conscience dans quel milieu j’évolue depuis très longtemps, où la « violence » banalisée, m’a probablement blindé, anesthésié émotionnellement pour ne pas souffrir ! Un milieu où je ne respectais même pas mes besoins fondamentaux (dormir, manger, boire, WC...).

Ma pensée ira, pour conclure, à tous ces soignants (médecins, infirmières etc…) en première ligne qui ne savent pas encore qu’ils sont proches du Burn-out, de la rupture parce qu’ils ne se respectent plus depuis des années. Et que notre mission au quotidien, nous sophrologues, sera d’ouvrir les yeux, en premier lieu, à toutes ces soignants qui souffrent sans le savoir.

- Dr Yvan Carapina

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Messages

  • Bravo et Merci pour votre article TRES INTÉRESSANT.
    Je suis sophrologue depuis 8 ans sur LYON et je commence une formation en hypnose Eriksonniene début Mai. Une suite logique et indispensable pour moi maintenant.
    D’où.... tout l’intérêt que je porte à votre à votre article....

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