Améliorer la santé par l’hypnose et les thérapies brèves ? (partie 2)

Par le Docteur Yves Doutrelugne

Deuxième partie. Particularités de l’hypnose thérapeutique :
Phénomènes hypnotiques, applications thérapeutiques et validations

- Lire la première partie

Les phénomènes (dits) hypnotiques sont des phénomènes de la vie quotidienne qui se voient davantage dans l’hypnose que hors hypnose. Ils peuvent être utilisés à tout moment de la thérapie, soit pour eux-mêmes (ex : modification des perceptions douloureuses), soit à titre de métaphore (lévitation pour le traitement des troubles de l’érection, par exemple).

Leurs principales applications seront citées. La validation par les études récentes (source PubMed) est encore hésitante, hormis le domaine du traitement de la douleur où tant l’efficacité que la documentation en neurosciences sont établies.

1. Les phénomènes idéo-moteurs

Les comportements idéomoteurs sont des réponses motrices à des idées suggérées : il est classique de développer ainsi des lévitations ou des catalepsies.

Lors de la lévitation du bras, celui-ci s’élève – de façon particulièrement lente et discrètement saccadée- et reste suspendu sans que le sujet ait le sentiment d’être l’auteur de ce mouvement. Depuis les travaux d’Erickson (1943), c’est un phénomène souvent utilisé en début de transe pour suggérer l’apparition des autres phénomènes hypnotiques.
La catalepsie (tonus musculaire particulièrement bien adapté, dira Erickson) traduit par une tonicité involontaire des muscles, conférant aux membres une spasticité cireuse. La catalepsie peut être généralisée, mais reste le plus souvent limitée à un bras, un avant-bras, une main, voire les paupières.

L’expérience de ces particularités musculaires par la personne l’étonne :
qu’elle soit patiente ou en train de se former à l’hypnose thérapeutique, elle permet au sujet de découvrir qu’il est capable de vivre des expériences nouvelles qu’il ne soupçonnait pas un instant plus tôt… Ce qui est une belle métaphore des changements possibles au cours du travail entamé…

Cette expérience illustre l’impact physiologique du travail de l’hypno thérapeute, ratifie l’état hypnotique et permet d’illustrer comment celui ci peut affecter d’autres mécanismes physiologiques tels que l’immunité, les douleurs et les spasmes bronchiques, digestifs, urologiques, gynécologiques, etc. On comprend mieux, dès lors, l’utilisation de l’hypnose thérapeutique au niveau corporel, dans les différentes spécialités de la médecine, pas seulement en psychiatrie.

Le signaling idéo-moteur est la possibilité pour la personne de donner une réponse motrice, non verbale, à une question par exemple. Nous le faisons tous spontanément quand nous hochons la tête pour dire oui ou non. Dans la vie courante, le plus souvent notre réponse est involontaire et même inconsciente… En hypnothérapie, le thérapeute pourra poser des questions à l’inconscient (appelé Questionnement idéo-moteur) après avoir établi un code de réponses, par exemple par élévation de tel doigt (finger signaling) pour dire « Oui », tel autre pour dire « Non », tel autre encore pour dire « Je ne désire pas répondre maintenant ». David Cheek, un gynéco-obstétricien californien contemporain de Milton Erickson, a largement contribué à la diffusion de cette technique et « Les 7 clés de LeCron et Cheek » est un outil particulièrement utile dans le travail psychosomatique, décrit dans Clinical Hypnotherapy : nous l’avons « éricksonisé » et décrit par ailleurs.

L’écriture automatique, c’est la possibilité d’écrire automatiquement sans savoir ce qui est rédigé. Comme le signaling idéo-moteur, elle permet une " communication avec l’inconscient ». Elle est souvent maladroite, voire illisible, chez les sujets inexpérimentés.

2. Le travail de la mémoire

Des modifications de la mémoire sont possibles en état de transe : hypermnésie, amnésie, modification d’un souvenir traumatique, création de faux souvenirs.

L’hypermnésie permet de retrouver des souvenirs précis, en retrouvant des détails que le sujet avait oubliés. En thérapie, elle peut amener la personne à retrouver des moments de ressources passés, qui avaient éventuellement été amnésiés. La reviviscence de ces moments (« comme si c’était vrai ») permet de recontacter ces personnes à leur(s) ressource(s) ici et maintenant et, par projection dans le futur (se voir guéri ; Erickson) de leur faire vivre ce que la présence active de cette ressource change dans leur situation tant sur le plan somatique, comportemental, cognitif qu’émotionnel. Ou pour le dire en termes plus actuels, imaginer l’état désiré ce qui équivaut à l’objectif atteint. On passe, pourrait on dire, de la reviviscence à la « pro viviscence ». C’est l’une des voies de développement actuel du M.A.T.H.

Cette recherche de souvenirs autobiographiques est très contestée quand elle est utilisée pour aider à préciser des témoignages dans des enquêtes policières puisqu’il s’agit là de trouver des faits authentiques, véridiques.

L’hypnose –comme d’autres types de communication d’ailleurs ! - peut aussi créer des faux souvenirs. Dans son célèbre cas « L’homme de février », Erickson a utilisé thérapeutiquement cette possibilité en fabriquant des faux souvenirs d’enfance.

Jean-Roch Laurence a étudié la mémoire autobiographique et aux aléas de sa plasticité : ses études nous incitent à la plus extrême prudence quant à l’authenticité de ces « souvenirs » …en interaction avec les croyances du thérapeute et à d’évidentes dérives judicaires et sectaires.

Ce qui amène l’hypnothérapeute à mettre en garde le patient : nous ne prétendons pas que le souvenir soit authentique. Ce que le patient dit est ce que le patient dit, rien de plus. Et le fait que l’état clinique du patient s’améliore après avoir travaillé ce souvenir autobiographique ( ?) - que ce soit en hypnose éricksonienne ou en E.M.D.R/M.A.T.H – dit seulement que le patient vit actuellement mieux. Il ne prouve en rien, contrairement à une idée très répandue dans le public, que les faits évoqués soient avérés. Le fait qu’un E.S.P.T (P.T.S.D) puisse survenir après le récit – non le vécu ! - d’un événement traumatique et que le patient puisse en guérir illustre bien notre propos. Certains thérapeutes et certains patients ne sont pas au clair avec cette idée, ce qui a amené des drames cliniques, familiaux et judiciaires (procès, condamnations, etc.) dont on constate aujourd’hui une - heureuse ! - baisse de fréquence. Alors que subsiste une demande de « Faites moi de l’hypnose pour que je sache si mon père (mon oncle, …) est un salaud ». L’hôpital et le Palais de Justice sont des lieux différents, avec des fonctions différentes…

L’amnésie post-hypnotique, c’est l’oubli – total ou partiel - du contenu de la séance. Elle peut survenir spontanément ou être facilitée par le thérapeute. L’amnésie de la source en est une variante.

L’amnésie peut parfois être utile et elle se fait aussi très spontanément dans la vie… Comme le disait Jacques Brel « Je vous souhaite (…) de vous souvenir de ce dont il faut vous souvenir et d’oublier ce qu’il faut oublier »… L’état hypnotique peut faciliter cet « oubli » et être, à ce titre, utilisé en thérapie.

La modification de souvenirs traumatiques est utilisée en hypnose dans le traitement des E.S.P.T (P.T.S.D).

Exemple : Une maman perd son fils unique de 12 ans au 3è jour d’une intervention de neurochirurgie sur un anévrysme cérébral. Quatre mois plus tard, elle consulte pour un E.S.P.T caractérisé, étant également dans son travail de deuil. L’induction hypnotique n’est pas nécessaire, la reviviscence de la scène traumatique se faisant par simple évocation. Dans cet état hypnotique des suggestions multiples et permissives de modification des perceptions par les différents canaux sensoriels (changements de décor visuel, auditif, kinesthésique et olfactif) « faussent » le souvenir de cette patiente : le « film » qu’elle se répétait inlassablement pendant ses flashbacks a été modifié. Elle est cliniquement et durablement guérie.

La technique appelée changement de patterns en thérapies brèves Palo Alto dérive de cette façon de faire : un changement de rituel, même minime, casse un rituel. Celui-ci, comme le béton d’un barrage, ne supporte pas la fissure…

3. La distorsion du temps

C’est une autre caractéristique de l’état hypnotique : le temps passe très vite quand vous effectuez un trajet en voiture ou en train et que votre attention n’est pas nécessaire, qu’elle peut devenir "flottante ", que « vous êtes ailleurs » comme on dit ...Vous éprouvez dans ces moments non seulement la dissociation hypnotique (être ailleurs) mais aussi une perception du temps discordante par rapport à ce que vous dit votre montre. Le patient qui termine sa première séance d’hypnose découvre ce phénomène avec étonnement ...

Dans les soins de santé, ce processus sera utilisé par exemple chez les personnes qui souffrent de douleurs intermittentes (cancéreuses, migraineuses,…) pour augmenter progressivement leur perception de la durée des périodes de confort et réduire leur perception de la durée des périodes douloureuses. Ceci s’applique tout autant aux souffrances psychiques que physiques…

4. Les modifications des perceptions sensorielles

Quelques exemples…

  • Les hallucinations dites « positives » sont des perceptions sans objet. Exemple : créer une démangeaison d’un doigt.
  • Les hallucinations dites « négatives » sont des diminutions ou absences de perceptions. Exemple : diminution ou disparition d’une perception douloureuse d’un autre doigt. Dans la vie de tous les jours, un douloureux chroniques qui perçoit peu ou pas sa douleur pendant tel type de films ou d’émissions de jeux à la T.V, ou lors de la visite d’un proche…
  • Les déplacements de perception
  • Les substitutions de perceptions. Exemple : substituer un fourmillement à une douleur

Ces phénomènes sont connus de chacun d’entre nous : le patient a fait de l’hypnose bien avant de rencontrer son thérapeute, parfois avec un résultat thérapeutique, ni conscient ni volontaire, comme Monsieur Jourdain… L’hypno thérapeute, ici encore, ne fait qu’utiliser et amplifier des phénomènes naturels, dans un état naturel, vers un but thérapeutique. Il proposera au patient l’utilisation de l’autohypnose.

La modification porte sur les perceptions visuelles, auditives et kinesthésiques. Ces dernières sont à la base du travail de la douleur : anesthésie (endoscopies et dentisterie y comprises), pain clinics, traitements de grands brûlés, oncologie et soins palliatifs, pédiatrie, médecine générale, etc.

D’autres symptômes (psycho)-somatiques bénéficient également de traitements par hypnose : vertiges et acouphènes chez l’O.R.L, asthme et toux sine materia chez le pneumologue, prurits chez le dermatologue , effets secondaires des chimiothérapies, nausées, colons irritables et autres constipations chez le gastro-entérologue, dysesthésies et paresthésies chez le neurologue, etc.…

Le diagnostic médical préalable et complet est une évidente nécessité.

Alors que l’histoire de l’hypnose fourmille d’expériences passées d’accouchements et interventions chirurgicales aidées par la suggestion et l’hypnose, le traitement de la douleur est l’une des applications les plus médiatisées de l’hypnothérapie actuellement. M-E Faymonville du C.H.U de Liège a fait connaitre sa technique d’hypno-sédation autant que ses études d’imagerie médicale. « L’hypno-sédation, dit elle (2008), permet une amélioration du confort per- et postopératoire, une récupération plus rapide, une fatigue moindre et une valorisation du patient (réussite, participation active). Lorsqu’elle compare les bénéfices psychologiques dans la prise en charge de la douleur par hypnose par rapport à d’autres techniques de réduction de stress, elle observe que les suggestions hypnotiques ont un effet analgésique important dans 75% de la population étudiée. » Les explorations endoscopiques ont également bénéficié de nouvelles procédures d’intervention qui, rivalisant d’ingéniosité, sont présentées dans les Forums de la Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapie Brève… L’accouchement « sous hypnose » s’est développé en France sous l’impulsion d’Yves Halfon et d’Armelle Touyarot.

5. La dissociation

Phénomène décrit quand l’une des parties d’une personne – physique ou mentale – fonctionne distinctement et indépendamment d’une autre. En hypnose : conscient/inconscient ; corps/esprit ; tête/corps ; représentation/affect, etc. Elle représente donc une rupture temporaire d’unité dans le fonctionnement d’un individu.

Mot utilisé en psychiatrie dans la description des états hystériques et schizophréniques mais aussi dans le vécu de situations traumatiques : certains survivants sains de scènes de tortures ont utilisé - sciemment ou non - un mécanisme de dissociation hypnotique pour survivre le moins mal possible à ces sévices . Ce mécanisme ordinaire est commun à tous les individus, sans que l’on puisse parler de troubles psychique : la personne est « un peu ailleurs », c’est la « naturalistic hypnosis » de Milton Erickson. Notre conscience fluctue en permanence autour d’un certain degré de dissociation.

La dissociation se retrouve en hypnose thérapeutique, qu’il s’agisse d’auto hypnose ou d’hétéro hypnose, sans que l’on n’y trouve un lien avec la psychopathologie.

Application récente : en M.A.T.H et contrairement à ce qui se fait en E.M.D.R, le patient est invité à voir, en dissociation sur la main du praticien, comme un film, la cible choisie dans l’événement traumatique. Cette dissociation, qui met le patient en position méta (d’observateur, de spectateur et non d’acteur en reviviscence) ici et maintenant, permet d’éviter les abréactions, dérapages douloureux pour le patient. Les résultats sont identiques, les effets secondaires beaucoup moindres.

6. LE LANGAGE ANALOGIQUE : LES METAPHORES

Littéralement, le mot métaphore veut dire « transposition d’un élément dans un autre domaine ».

La métaphore peut être soit une simple image, cliché, analogie : « Ma douleur, c’est comme…un étau ». Soit un film, une histoire, une anecdote, … Avec un début et une fin. Fables, contes, paraboles, éléments d’actualité, histoires de patients…

La métaphore peut venir du patient, nous indiquant son orientation à la réalité. Ce sont les plus utiles en thérapie ! J’aime cette petite phrase paradoxale et ici fort à propos : « Nos meilleures idées nous viennent des autres ! »

Exemple : Une patiente a présenté un blocage de 3 troncs veineux. Entre autres conséquences, ses règles se sont arrêtées. Lors d’une séance d’hypnose thérapeutique de longs mois plus tard et alors que, de l’avis même de son cardiologue, les choses semblaient figées, elle me décrit sa visite dans une pièce de couleur ocre rouge où se trouve une horloge arrêtée. Cette horloge se remet en route. Ses règles reprirent quelque temps après.

Exemple : lors d’une céphalée « en étau », voir l’étau et le desserrer.

La métaphore peut, bien sûr, être amenée par le thérapeute, lequel amène une réalité extérieure au patient.

Exemple :
Une patiente âgée, déprimée de longue date, se présente dans une attitude de repli, recroquevillée sur elle-même. Elle décrit le peu qu’elle a réalisé dans sa vie comparé à la réussite socioprofessionnelle de son mari, importante à ses yeux. Celui-ci serait un homme assez rustre qui pratique, à titre de hobby, la sculpture sur pierre. Elle ajoute combien, la semaine dernière, son mari lui était paru grand alors qu’il lui disait : « Secoue-toi, tu as tout pour être heureuse » penché sur le lit où elle sanglotait…

Je lui ai proposé la métaphore du géant aux pieds d’argile. Je revenais de quelques jours de vacances dans les Vosges et, en hypnose, lui racontais l’histoire que l’on répétait aux enfants de ce village depuis des générations : il y avait dans la montagne un géant et je le décrivais dans les termes qu’elle utilisait pour parler de son mari. On apprenait aux enfants à ne pas s’éloigner trop loin dans la montagne afin d’éviter de le rencontrer. Un jour, une petite fille s’aventura un peu loin dans la montagne et, au détour d’un chemin, se trouva juste derrière le géant qui cueillait des myrtilles. Terrorisée, elle avait la chance d’être derrière lui. Elle constata qu’il boitait en raison d’une escarre au talon. Elle se dit : « Comment est-ce possible que tous mes copains, toutes mes copines et moi-même ayons si peur de ce géant : c’est un handicapé ! ». Et elle redescendit toute guillerette.

Lors de la séance suivante, elle allait cliniquement beaucoup mieux tout en ayant réduit sa dose de médicaments. Elle raconta qu’elle avait « engueulé » son mari en lui disant : « Je croyais que tu étais un ceci, un ceci, un ceci (en mettant sa main plus haut que sa tête) ; or, tu n’es qu’un cela, un cela, un cela » (en mettant sa main à un niveau bien plus bas)… Elle avait, en quelque sorte, « remis son mari à sa place », c’est-à-dire qu’elle l’avait descendu du piédestal où elle l’avait elle-même placé… Cette patiente a pu « voir autrement » ce mari qu’elle croyait tellement mieux qu’elle – et se voir elle-même plus grande. Ce fut le début d’une nette et durable amélioration.

La perception que cette patiente a d’elle-même et de son couple a ainsi été transformée sans que la « réalité » de ce couple ait le moins du monde changé.

La nouvelle vision du monde de cette patiente guérie n’est ni plus vraie, ni plus fausse, ni plus sincère, ni plus trompeuse que celle dans laquelle elle a vécu douloureusement pendant vingt-cinq ans. Elle est seulement moins douloureuse, plus acceptable. Dans ce cas particulier, le changement fut tel que cette patiente se mit à la sculpture sur pierre – qui était jusque là le hobby de son mari – et alla jusqu’à remporter un prix renommé dans cette discipline, au nez et à la barbe de son mari, dont l’œuvre ne fut pas primée… Elle venait de battre son géant de mari sur son propre terrain !

Intérêt des métaphores en hypnose thérapeutique :
Le rêve produit pendant notre sommeil n’est pas conscient : il émane de notre inconscient dont c’est un langage figuratif. Cette voie est-elle à sens unique ? Non ! Il est possible d’utiliser un langage figuratif pour s’adresser à l’inconscient – puisque c’est son langage – dans l’intention de modifier l’image du monde, de la réalité du patient. Ces évocations sont à l’origine de l’utilisation de métaphores, des techniques de saupoudrage et autres modes de communication à niveaux multiples.

L’état hypnotique renforce l’efficacité des métaphores thérapeutiques.
En effet, si le thérapeute peut raconter des métaphores à son patient à l’état de veille, ces récits seront vécus de façon bien plus intense en état hypnotique en raison de l’implication émotionnelle particulièrement forte pendant la transe « comme si c’était vrai ». Le thérapeute suivra les signes physiologiques de cette implication.

Exemple : En séance d’hypnose thérapeutique, je raconte à un jeune patient universitaire, phobique social (avec tous les symptômes de difficultés relationnelles inhérentes à cette situation, entre autres dans ses rapports avec les filles), une ballade imaginaire dans la campagne. Il traverse un verger ( !) couvert de pommiers. Une lévitation ( !) de la main lui permet de caresser ( !) une pomme (Eve n’est pas loin…), ses rondeurs ( !), sa peau douce ( !)… pendant que la sueur perle sur son visage et que son front plissé exprime magistralement la difficulté de cet exercice…

La même histoire, racontée hors hypnose, serait sans doute tombée à plat…

Si l’on ajoute que, bien souvent, une amnésie spontanée ou suggérée suit ce récit, on comprend mieux que l’effet de ce travail, c’est-à-dire le changement souvent rapide qui intervient dans la vie du patient, étonne celui-ci, qui se demande alors ce qui a pu lui arriver…

Critères de qualité d’une métaphore

Pour qu’une métaphore soit utile, elle doit être :

  1. Congruente, isomorphique à la réalité du patient, avoir la même structure.
  2. Elle doit lui apporter une solution (l’étau douloureux se desserre, par exemple),
  3. Respecter la « carte du territoire » du patient, reprenant plusieurs éléments de sa réalité
  4. Amener une implication émotionnelle.
  5. Elle doit être compréhensible simplement par tout un chacun.
  6. Elle doit représenter une évolution progressive, soit d’apprentissage pas à pas, soit d’évolution d’un objet



Exemple : Question amenant la métaphore personnelle du patient « Votre dos, c’est comme quoi ? » La carapace noire d’une tortue marine. Et si ça devient différent, c’est comme quoi ? Une carapace en marbre blanc. Et elle peut évoluer comment ?..... Jusqu’à ce que la patiente évoque « le cuir souple d’une robe de jeune fille » et que la masseuse perçoive progressivement la détente de plus en plus nette des contractures dorsales de la patiente….

6 Littéralité et « Imprint »

Il est devenu classique de dire que l’inconscient entend littéralement ; par exemple, une personne en état de transe hypnotique à qui l’on poserait la question : « Peux-tu me dire l’heure qu’il est ? » répondra : « Oui » plutôt que de vous dire l’heure qu’il est. Si on lui demande : « Dans quel état es-tu ? », elle répondra par exemple « En France ». En réalité, il ne s’agit peut-être pas plus d’une compréhension plus littérale, mais simplement d’une compréhension à un autre niveau logique, dans un autre sens du mot « état ». On retrouve fréquemment ces changements de niveaux logiques dans l’humour, par exemple.

Ainsi les hypnothérapeutes ont-ils souvent l’occasion d’entendre de la bouche de leurs patients combien une petite phrase, d’allure banale, anodine, peut pénétrer dans leur inconscient et y faire la loi longtemps. Il suffit pour cela que la personne reçoive cette phrase à un moment de la vie quotidienne où elle est « ailleurs » – transe spontanée de la vie de tous les jours, imprégnation médicamenteuse, maladie grave, KO, entrée ou sortie d’anesthésie générale, etc. Les mécanismes de barrages conscients sont alors inopérants !

Prenons comme exemple une anxiété, apparue au décours d’une opération sous anesthésie générale, laquelle s’est par ailleurs parfaitement déroulée. L’hypnothérapeute apprendra, au cours de la transe, que l’anesthésiste a dit au chirurgien : « Dans deux heures, cela sera fini », ce qui, vu l’état de conscience modifié de la patiente, a pu être entendu par elle littéralement « Dans deux heures, je serai morte » avec les conséquences que l’on devine ! Comment comprendre et aider cette patiente sans repasser par un état de conscience modifié qui permet de retrouver ce mécanisme et de le traiter ? C’est l’utilité du questionnement de l’inconscient durant la séance. Ce questionnement permet de retrouver des souvenirs auxquels le conscient n’a plus accès et qui peuvent dès lors être utilement travaillés.

Il semble que dans les moments de transe spontanée que vous et moi vivons X fois par jour, notre état de conscience est modifié en ce sens que notre niveau de vigilance est bas et notre inconscient ainsi plus exposé à des suggestions, avec moins de défenses conscientes. Dans ces moments, une phrase d’allure banale peut « s’imprimer » aisément – d’où le terme d’imprint – et à notre insu dans notre esprit et y produire ses effets.

Exemple :
Une femme de 42 ans nous consulte pour une baisse importante et inexpliquée de sa vue, qui a eu pour conséquente récente un changement de verres de ses lunettes. En transe, elle retrouve un souvenir qui date, dit-elle, de deux ans. Son ophtalmologue lui aurait alors dit : « Votre vue est bonne, mais je vais quand même vous prescrire des lunettes. Et dans deux ans, il faudra revenir pour changer vos verres ». On sait ce qu’il en est advenu…

Pour accepter de telles suggestions, les suivre jusque dans sa physiologie oculaire et porter des lunettes alors que sa vue est bonne, cette patiente d’un très bon niveau intellectuel – allemande, elle est fonctionnaire européenne – ne pouvait disposer, au moment des faits, de tous ses moyens de défense conscients…

Le travail de ce souvenir et de ses conséquences engendra une amélioration rapide de sa vue. Mais comment aurait-on pu traiter cette patiente sans employer le même état de conscience modifiée qui avait permis au problème de survenir ?

Combien de phrases d’allure banale, dénuées de toute intention de nuire, sont prononcées par des soignants qui n’imaginent pas un instant le chemin que ces phrases, ces suggestions, parcourront dans l’esprit, puis dans le corps de celui ou celle qui les a reçues.

Conclusions provisoires…

L’hypnose thérapeutique, ancestrale, bénéficie d’un regain d’intérêt récemment accentué par les recherches en neurosciences et les anesthésies chirurgicales médiatisées pratiquées en C.H.U.
Depuis Erickson, ses concepts et applications cliniques sont loin de l’image véhiculée dans le public.

Son évaluation par des études sérieuses (méta-analyses, nombres de cas, méthodologie,…) doit encore beaucoup progresser, d’autant que les domaines concernés sont variés.

L’arrivée de l’EMDR crée une dynamique nouvelle combinant Mouvements Alternatifs, Hypnose et Thérapies Brèves (MATH) : la troisième vie de l’hypnose ?

Yves DOUTRELUGNE est médecin, formateur et chargé de conférence à l’Université de Lille II et à l’Université Libre de Bruxelles. Il dirige l’Espace du Possible asbl (www.espace-du-possible.org), centre de Formation à la thérapie systémique brève Modèle Palo Alto.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.