Le lâcher prise : un renoncement ou un moyen de se dépasser ?

Par Paul-Henri Pion, psychopraticien

L’expression lâcher prise renvoie l’image de quelqu’un qui s’agrippe désespérément et finit par renoncer à sa proie ou à sa prise. Elle porte en elle l’impression qu’il faut arrêter de se battre ou de forcer. Dans une société aux sollicitations multiples qui invite à faire toujours plus entre le travail, les loisirs, l’éducation des plus jeunes, le maintien à niveau de ses compétences, la dynamique de ses réseaux sociaux et tout ce que vous connaissez et que j’ai oublié ou ne peux imaginer, lâcher prise prend un air de « savoir s’asseoir dans un canapé et laisser le temps passer ».

Pourtant, le lâcher prise est attaché au développement de la personne et même au développement spirituel et associer développement et farniente est antinomique.

Si l’homme a besoin de se sentir acteur de sa vie, alors le lâcher prise doit être une action, ce ne peut être un renoncement. Rappelons nous en effet en toute chose que l’homme est sujet à trois phénomènes caractéristiques des organismes vivants : l’activité, le repos et l’évolution.

Le premier aspect, l’activité, est le syndrome inverse de celui de la pile Wonder : « la pile Wonder ne s’use que si l’on s’en sert » selon le slogan publicitaire bien connu. Un organisme, pour sa part, ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. En fait, il s’atrophie. L’exercice est une des conditions de la survie d’un organisme vivant. Nous l’avons tous expérimenté un jour, les courses de la semaine sont moins lourdes au retour des vacances d’été, ces dernières étant souvent propices à un peu d’exercice physique.

Le second aspect, le repos, est déterminent pour les périodes d’activité. Il permet non seulement de récupérer de la fatigue mais aussi et surtout d’intégrer les informations et les expériences de la journée. « La nuit porte conseil » en est une traduction populaire. C’est dans les phases de repos et en particulier dans les phases de sommeil paradoxal que les informations non intégrées dans la journée sont présentées et triturées pour prendre leur place au sein de nos organismes. Il n’est pas d’exercice fructueux sans repos qui l’a précédé ni repos qui le suit.

Le troisième aspect, l’évolution, est le vaste procédé d’essais-erreurs dont nous sommes issus. Il serait bien prétentieux de vouloir s’y soustraire, surtout quand il nous a structuré et continue de le faire. Nous baignons dedans et devons y nager. Toute situation permet d’accéder à la suivante par ce procédé. Cela nous échappe et passe inaperçu quand il y a succès. La souffrance se réveille quand nous tombons sur la case erreur. « L’erreur est vivante » pourrait-on dire plutôt que « l’erreur est humaine ».

L’exacerbation de l’une de ces trois caractéristiques au détriment des autres conduit à se retrouver à un moment ou un autre dans l’impasse. Vouloir toujours être au top, devant les autres, irréprochable ou simplement toujours disponible aux sollicitations de nos proches, de nos employeurs, de nos clients, de nos fournisseurs, de nos amis ou des associations auxquelles nous contribuons conduit droit au burn out, au surmenage, à l’accumulation des insatisfactions et à la dépression. Se reposer sur les assistances disponibles comme l’ascenseur, la voiture ou les courses à distances construit l’incapacité à s’en passer et à faire face à l’adversité que la vie n’oubliera jamais de nous faire rencontrer ainsi qu’à se sentir trop faible ou trop petit dans des circonstances banales pour notre prochain ce qui en devient profondément blessant. Répéter ce que l’on sait faire sans jamais oser explorer l’inconnu mène droit à l’échec face aux situations nouvelles et nourrit l’impuissance, mère de toute colère dans laquelle nous finissons par nous vautrer bien malgré nous.

Lâcher prise devient alors indispensable. D’avoir trop fait ce que nous faisions, nous en sommes devenus prisonnier. La voie du lâcher-prise devient celle qui équilibre en toute chose ces dimensions qui nous construisent. C’est celle qui marie exercice, repos et expérimentation. « En toute chose cultive la diversité afin de t’adapter à tout instant » serait sa devise. L’état d’esprit qui conduit à sortir de l’impasse est ainsi celui qui peut permettre aussi de ne pas y entrer.

Lâcher-prise devient alors synonyme du dépassement de soi, dans le respect de soi, donc du respect des autres. Ne vous y trompez pas, parmi les hyper-actifs que vous pourrez rencontrer, beaucoup suivent simplement cette voie, c’est ce qui leur permet de rebondir en permanence et de vous étonner sur la durée.

Économiste de formation, formé à la lecture et à l’anticipation des évolutions de la conjoncture, Paul-Henri Pion a passé 16 années dans des postes à responsabilité en entreprise. Depuis 2000, il se consacre à la lecture et à l’anticipation des interactions humaines. Il exerce aujourd’hui les thérapies brèves et le coaching stratégique. Sa pratique s’inscrit dans la lignée des travaux du Mental Research Institute de Palo Alto (Californie) et de son Centre de thérapie brève. .
- http://mieux-etre.org/Paul-Henri-Pion.html

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