La pratique du Zen, à quoi cela sert-il ?

Souvent les gens demandent ce que la pratique du zen pourrait bien leur apporter. Plus de calme intérieur ? Plus de sagesse ? Plus d’ouverture d’esprit ? Oui et non. C’est vrai que le zazen, la méditation assise (za = s’asseoir, zen = concentration), aide à calmer le mental, à diminuer nos préoccupations, à rendre l’intuition plus fine. Zazen, c’est plus que cela et c’est "moins" que cela - de là la grande difficulté d’exprimer clairement aux débutants ce que cette pratique implique et ce qu’elle peut leur apporter. La pratique de zazen est au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Zazen est là où l’on s’y attend le moins.

La pratique de zazen consiste à s’asseoir sur un petit coussin rond (le zafu) les jambes croisées en lotus ou demi-lotus. A partir de la taille le dos se redresse complètement : le corps se tient droit. On pousse la terre avec les genoux et le ciel "avec la tête". Le menton est rentré, la nuque est bien droite. Le regard est posé devant soi, en direction du sol et ne fixe rien : il reste complètement "ouvert". Le ventre est complètement détendu, ce qui permet un mouvement du diaphragme plus ample et rend la respiration plus profonde, plus souple. La main gauche repose dans la main droite, paumes vers le ciel, contre l’abdomen ; les pouces en contact par leur extrémité ne dessinent ni montage ni vallée et forment un bel ovale.

L’immobilité de la posture de zazen, la respiration calme qui en découle, amène petit à petit le pratiquant à tourner son regard vers "l’intérieur", à observer ce qui se passe en lui. Il devient attentif au va et vient de ses pensées sans en être influencé. De ce fait l’agitation du mental diminue, l’intensité des émotions décroît. On pourrait dire que le pratiquant voit clair en lui-même. Son esprit est comme un miroir, les pensées, des images qui passent et repassent pour finalement s’évanouir.

Le zen est très simple (et cette simplicité étonne souvent) et en même temps est difficile à saisir. S’asseoir, prendre le temps de s’asseoir, d’immobiliser son corps, dans le silence du dojo (lieu où l’on pratique) : simplement se concentrer sur la posture, sur la respiration. Zazen, ce n’est que ça.
Néanmoins la question de la finalité subsiste. A quoi tout cela sert-il ? Qu’est-ce que la pratique de zazen peut nous apporter ?

Beaucoup de choses pour "rien".

Au XIIIe siècle Maître Dogen partit en Chine à la recherche d’un véritable Maître qui pourrait lui enseigner le vrai zen. A son retour les gens lui demandèrent ce que ce voyage lui avait apporté. Dogen répondit : "Je suis revenu les mains vides. Tout ce que je peux vous dire, c’est ceci : les yeux sont horizontaux et le nez vertical." Bien entendu, il ne voulait pas dire par là qu’il n’avait rien découvert. Il voulait tout simplement exprimer l’essence même de la pratique de zazen qui est "d’avoir les mains vides".
"Les yeux sont horizontaux, le nez vertical" : c’est l’évidence de ce que nous sommes réellement que Dogen exprime ici. Même de nos jours, pour nous, cette évidence n’est pas toujours facile à saisir. La pratique du zen nous amènerait-elle donc à cette simple évidence ? Tous ces efforts pour en arriver là ? Quelque chose que même un enfant comprendrait ?
En quelque sorte : oui.

Plongé dans nos affaires quotidiennes, au beau milieu de nos préoccupations, de nos agitations professionnelles et familiales, nous perdons très vite cette évidence de vue. Complètement absorbé à suivre nos buts on en arrive à oublier ce que nous sommes réellement. Sans le savoir, sans le vouloir même, on se coupe de notre nature originelle. Pris dans le mouvement de nos préoccupations, nous nous "égarons" dans toute une série d’activités, nous faisant perdre de vue le but essentiel de notre vie, le but essentiel de toutes nos actions.

C’est là que la pratique de zazen nous ramène à être plus présent à nous-même. La posture de zazen, la respiration sont une aide à revenir à l’instant présent, à tout ce que cet instant porte en lui de nouvelles possibilités. Comprendre, saisir ici et maintenant que les "yeux sont horizontaux et le nez vertical" procure une profonde joie. Ce n’est pas une compréhension "intellectuelle", "rationnelle" mais une expérience où tout le corps est impliqué. S’éveiller à ce que nous sommes réellement : c’est comprendre qu’il n’y a rien à saisir de spécial, c’est "avoir les mains vide". Tout est là. Il n’y a rien à ajouter. Rien à retirer.

La gestion de l’ego

La pratique de zazen peut nous aider à découvrir cela, à se redécouvrir soi-même. Si nous nous attachons à un but, nous nous enfermons dans nos propres concepts où la sagesse n’a pas de place. L’attitude juste consiste à laisser passer toute chose, en se concentrant sur l’action immédiate sans égoïsme. Nous voulons toujours obtenir quelque chose, et nous avons peur de perdre. Dans le zen, en dernier lieu, abandonner devient la plus grande réussite.

Se découvrir soi-même en s’oubliant soi-même. "S’oublier soi-même", dans le zen, cela signifie abandonner son égoïsme et toutes ses préoccupations. La pratique de zazen nous fait également découvrir ce qui est commun à tous. Zazen n’est pas seulement un exercice spirituel pour soi-même, mais la réalisation de la sagesse par le corps, qui révèle quelque chose de commun à tous les êtres humains.

S’il y a "ouverture d’esprit" c’est bien de cela qu’il s’agit : en lâchant notre emprise sur l’ego, sur nos préoccupations personnelles, on peut élargir notre regard et réaliser que notre esprit est aussi vaste que le ciel. Un maître a écrit : "Le sage n’a pas de moi ni de non-moi, mais il est l’univers et l’univers est lui."
Oui, on peut dire que la pratique de zazen, à un moment donné, nous dépasse complètement. C’est à ce moment-là qu’on peut goûter la véritable saveur du zen.

- Article rédigé par : Konrad Maquestieau
moine zen, Association Zen de Belgique