Carl Rogers avait raison !

Voilà le genre d’article que j’adore parce qu’il contrebalance joyeusement les idées. Bien entendu nous sommes 15 ans après la publication de l’article ci-dessous et 60 après le début de la thérapie centrée sur la personne, mais garder à l’esprit que la qualité du changement obtenu et intimement liée à la qualité de la relation thérapeutique me semble salutaire.

Dans le numéro d’avril 95 de "Family Therapy Networker", dans son article "La survalorisation de la thérapie", l’éminent comportementaliste Neil Jacobson fait une critique ravageuse de l’industrie de la thérapie. Il conteste notamment les affirmations selon lesquelles on aurait la preuve scientifique, fondée sur des études sérieuses, démontrant soit que la psychothérapie soigne réellement la maladie mentale, soit que la formation et l’expérience d’un psychothérapeute - quelle qu’en soit la méthodologie particulière - sont en corrélation positive avec le résultat thérapeutique. II affirme qu’en dépit de la croyance très répandue selon laquelle certaines thérapies sont d’une efficacité avérée dans le traitement d’une dépression,par exemple - à savoir : la thérapie cognitive, la psychothérapie interpersonnelle et les médicaments antidépresseurs - "quand on examine les effets réels de ces traitements sur le plan de leur valeur clinique, les résultats sont troublants... on ne trouve qu’une minorité de patients (19 -32 %, à comparer aux 20 % obtenus par effet placebo) ayant eu une amélioration" Dans le même numéro du "’Networker", Scott Miller, Mark Hubble et Barry Duncan en arrivent à la même conclusion lorsqu’ils disent : "Alors que la quantité de types de thérapies a proliféré, croissant comme un champignon de 60 à plus de 400 depuis le milieu des années 60, trente années de recherches sur les résultats cliniques n’ont pu trouver aucune théorie, aucun modèle, aucune méthode, aucun ensemble de techniques qui soit avec certitude meilleur que l’un ou l’autre". Comme le dit Jacobson, "de telles informations devraient mettre mal à l’aise les psychothérapeutes."

Mais pas les thérapeutes centrés sur le client.

Il s’avère que les deux articles, celui de Jacobson et celui de Miller,Hubble et Duncan, arrivent aux mêmes conclusions. Carl Rogers avait raison.

Après toutes nos incursions dans les arcanes vertigineuses des interventions paradoxales, de l’enfant en nous, de la thérapie narrative, de l’EMDR, du comportementalisme, de la psychopharmacologie, de la bioénergie, de l’analyse transactionnelle, de l’analyse jungienne, du psychodrame, de la gestalt, ainsi de suite jusqu’à épuisement complet de la liste des 400 thérapies estampillées, ce qui provoque réellement le changement, c’est la motivation personnelle du client et la présence d’une personne facilitante en mesure d’offrir acceptation, respect, chaleur, empathie et authenticité.

Voilà plus de 50 ans que Rogers a publié "Counselling and Psychothérapy" (Relation d’aide et Psychothérapie) qui avançait l’époustouflante idée, inspirée par Otto Rank, que la création entre client et thérapeute d’une relation caractérisée par ce qu’il appelait les "conditions de base" de la psychothérapie centrée sur le client, était la condition sine qua non pour que se produise guérison ou croissance. Il a démontré, à travers une énorme quantité de recherches — bien que celles-ci présentent des problèmes de méthodologie selon les critères de Jacobson — que la psychothérapie marche le mieux quand :

- les clients sont libres d’établir leur propre projet de vie ou de thérapie et de décrire leur expérience subjective personnelle à leur propre manière ;

- ils sont accompagnés par quelqu’un qui a confiance en eux, qui est à l’écoute avec empathie et justesse des significations plus profondes de leurs expressions et qui établit avec eux une relation d’honnêteté sans chercher à jouer un rôle ou à les manipuler ;

- la relation est aussi égalitaire que possible, sans l’attitude autoritaire de "pouvoir sur" si commune aux établissements médicaux et éducatifs dans les années 40.

Durant les tonitruantes années 80, le travail centré sur le client, simple mais subtil, de Rogers et de ses disciples, a été éclipsé par des approches plus brillantes, plus centrées sur le thérapeute, lancées par de charismatiques faiseurs de miracles. Ils proposaient du drame et de la magie, et affirmaient la possibilité de miracles instantanés en une seule séance. Par contraste avec le psychodrame familial, les états modifiés, ou les rites permettant de trouver la déesse en soi, la thérapie centrée sur le client paraissait trop lente, pour ne pas dire douçâtre et "pain trop blanc".

Eh bien maintenant, nous savons. Les thérapeutes centrés sur le client ou centrés sur la personne avaient raison. Ce n’est pas la technique, ce n’est pas le thérapeute, ce n’est pas le niveau de formation, ce n’est pas la nouvelle drogue miracle, ce n’est pas le diagnostic. C’est l’aptitude innée à l’auto-guérison de notre client, et c’est la rencontre - la relation dans laquelle deux ou plusieurs "je" souverains et sacrés se rencontrent en tant que "nous" aux prises avec les questions importantes concernant l’existence.

Laissez-moi être claire sur ce que je ne suis PAS en train de dire. Je ne cherche pas à insinuer que l’éventail riche et varié des théories et pratiques psychologiques soient sans rapport avec la question ou dénuées de sens. Absolument pas. Selon qu’un thérapeute emploie le langage de la psychanalyse, de l’existentialisme, du marxisme, du féminisme, de la danse, du transpersonnalisme, du christianisme, du bouddhisme, etc., cela fait évidemment une différence importante tant pour le thérapeute que pour le client. Mais l’importance ne réside pas dans l’efficacité ou l’inefficacité de l’approche. L’approche thérapeutique fournit le système de métaphores, le cadre de références, les récits chargés de sens, à travers lesquels peut être comprise l’expérience. Mais les informations données par Miller, Hubble et Duncan suggèrent que le résultat effectif est en corrélation avec la capacité du thérapeute d’entrer ou non dans le cadre de références du client - et non le contraire.

La formation à telle ou telle discipline n’est utile que dans la mesure où elle permet au thérapeute de mieux entrer dans le monde phénoménologique du client, ou que sa façon d’exprimer ce que Aldous Huxley nommait "Les Sagesses Eternelles" est suffisamment convaincante pour que le client puisse l’adopter comme structure explicative pour son propre auto-examen. _ Comme le dit Arthur Bohardt, au fond "toute thérapie est auto-thérapie."

Les facteurs curatifs de pratiquement toute guérison effective, quel que soit le système métaphorique ou le cérémonial ritualiste, sont ceux que Rogers a identifiés il y a cinquante ans.

Maureen O’Hara, trad. inconnu (Source : www.afpc.be)

En 1940, Carl R. Rogers (1902-1987), docteur en psychologie, publie les premiers textes présentant une forme nouvelle de psychothérapie : la thérapie non-directive, appelée ensuite thérapie centrée sur la personne.

Cette approche humaniste qui considère la personne dans sa globalité (intellectuelle, affective, corporelle) se base sur le prémisse qu’un être humain est "fondamentalement un organisme digne de confiance, capable d’évaluer la situation externe et interne, de se comprendre soi-même dans son contexte, de faire des choix positifs en ce qui concerne les décisions à prendre dans un avenir immédiat et d’agir en respectant ces choix".

Messages

  • Mille fois d’accord avec cet article ! Merci de rappeler les travaux de Carl Rogers qui ont inspirés tant de thérapeutes.

    A bientôt,
    Philippe

  • Oh que oui....J’ai 72 ans, et j’ai fait connaissance avec Carl Rogers en 1968..quand j’ai commencé mes études d’Assistante sociale...Depuis j’ai fait du chemin, et je suis passée par bien des approches de développement personnel, mais toujours j’ai utilisé ce que je connaissais pour accompagner les personnes dans ce qui allait bien chez elles...pour leur faire découvrir leur propre potentiel. Passée par 5 ans de pratique bouddhiste, je n’ai ai vu rien d’autre que de "réveiller la nature du Bouddha en chacun" !!! Praticienne de Reiki, je ne fais rien d’autre que de permettre à chacun ( e ) de découvrir que tout est là..en eux mêmes, Le Reiki cette belle énergie qui vit en chacun, ne demande qu’à s’épanouir, et souvent j’ai repensé à Carl Rogers, en me disant : mais oui, tout était dit....et comme dit l’Ange dans le message de Gitta Mallasz : "Ce" n’est pas toi qui opères, ce n’est pas moi qui opère, c’EST CELUI QUI EST AIDE QUI OPERE..." Bon travail à tous et toutes
    Myriamkr.

  • une petite pensée provocatrice :

    Si tout le monde avait les idées claires, nettes, précises et surtout exactes sur ce qui fait qu’une personne va mal et comment l’aider à aller bien, on peut penser alors qu’il n’existerait qu’une seule méthode et elle serait efficace....

    On saurait même aussi pourquoi certains ont du mal à aller bien alors que d’autres tout au contraire sont très résilients.

    Or, ce n’est pas le cas.....

    Donc vu l’ampleur des différentes approches, on peut dire que très peu ont les idées claires, nettes, précises et surtout exactes là dessus...

    Autre chose : si l’esprit, l’inconscient de la personne avait le mode d’emploi pour aller bien, on peut penser qu’il aurait été utilisé depuis longtemps. Alors ne compter que sur les capacités d’auto-guérison de la personne... et d’un thérapeute qui croit que de la rencontre et l’écoute surgit la guérison, c’est un peu trop optimiste...

  • j’ai découvert C. Rogers pendant mes études (assist sociale) en 1964 ; j’ai toujours été guidée et soutenue par cette conviction qu’il avait raison.
    A travers toute ma carrière , j’ai mis en pratique son enseignement et ma capacité d’écoute active et d’aide efficace était reconnue par tous.
    Aujourd’hui ayant des problèmes de santé assez handicapants, j’ai trouvé la meilleure aide chez les soignants (médecins , kiné, ostéopathes) qui savent écouter et prendre en compte MA PROPRE COMPETENCE sur la connaissance de mon corps et de son dérèglement. Mieux encore, j’ai été aidée par la mise en relation de mon histoire familiale, de ma structure psychologique et de mes problèmes physiques pour donner du sens à cet épisode de ma vie.
    J’ai fuis ceux et celles qui plaquaient leur savoir sur ma maladie sans tenir compte de ma capacité à comprendre et interpréter mes symptômes. Après plusieurs mois, je suis au bout du tunnel et lecture de votre article me touche car je m’y retrouve tellement bien !
    merci

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