Bonheur et psychothérapie

Par Pascal Dereau - Psychologue, psychothérapeute -

Ne sont-ils pas nombreux les gens à venir en consultation en nous disant
que rien ne va plus, qu’ils ne sont pas heureux ?

Cela se traduit pour ainsi dire tout le temps au travers de leurs
symptômes, de leurs plaintes et bien sûr de leurs attentes.

Comme on le sait, leurs symptômes leur permettent très souvent d’arriver
en consultation. Etre heureux signifie parfois pour eux de ne plus avoir ces
symptômes, et bien sûr ce n’est jamais suffisant… Leur corps ne fait
qu’exprimer leurs souffrances, leur absence de bonheur.

Qu’ils arrivent seuls, en couple, ou en famille, ils ne sont pas satisfaits de
leur vie. Leur quotidien les insupporte, il y a « quelque chose » qu’il faut
absolument modifier ou changer. Il leur faut vivre autrement à la maison,
au travail,…

Bien souvent, il leur faut quelque chose en plus. Et s’ils ne veulent pas
trop changer eux-mêmes, ce plus, c’est bien souvent l’autre qui doit
l’apporter : c’est à l’autre de changer, pas à moi ! Et si j’ai des
changements à apporter dans ma famille, j’attendrai qu’il fasse ce que je
lui demande depuis très longtemps avant de me changer moi-même, c’est
bien normal après tout ! Pourquoi est-ce à moi de changer ?
Et ce ne sont là que quelques-uns des travers de la vie relationnelle…

Tous témoignent qu’ils ne sont pas ou plus heureux, qu’ils aspirent à
retrouver ce bonheur qu’ils avaient auparavant. Qu’ils avaient peut-être
auparavant en fait…

Ces patients sont donc à la recherche de ce fameux bonheur, ce bonheur
qui pourrait tout changer dans leur vie. Ils attendent que la thérapie,
grâce à leur psychothérapeute, leur apporte ce bonheur avec un grand
« B ».

Mais peut-être qu’avant de se poser la question de savoir si une
psychothérapie est en mesure de leur apporter ce bonheur, il s’agit de
s’entendre sur une définition du bonheur…

Définition…

Au vu de la définition que l’on retrouve dans le Robert, le bonheur serait
un « état de la conscience pleinement satisfaite ». Il y est question de
béatitude, bien-être, félicité, plaisir, contentement, enchantement,
euphorie, extase, joie, ravissement et satisfaction…

Tout un programme pour les thérapeutes que nous sommes… Et quel défi
pour toutes ces familles que nous rencontrons !

Pour Albert Jacquard, le bonheur est une harmonie de toute notre
personne, et les plaisirs que l’on peut rencontrer ne font que contribuer à
notre bonheur. Les plaisirs, s’ils augmentent cette harmonie, peuvent
aussi la détruire. Quant à l’absence du plaisir désiré, elle peut apporter
une sérénité qui est une forme de bonheur…

Toujours pour Albert Jacquard, « le bonheur, c’est de se sentir beau dans
le regard des autres » ! Cela implique un devoir moral de regarder les
autres en sachant les trouver beaux. Cela implique aussi une capacité à
discerner en eux une personne semblable à nous-mêmes…

Il y aurait donc dans cet état de bien-être quelque chose qui touche à la
personne et à la personne en relation avec autrui.

Le bonheur à tout prix

Pour beaucoup, vivre n’est pas quelque chose de suffisant. Il faut vivre en
étant heureux. Pour certaines personnes, l’existence n’a de sens que si
elle devient elle-même « bonheur ».

Nombreux sont donc les individus qui attendent de la vie le bonheur, et ils
passent leur temps à attendre le bonheur…

Mais encore faut-il savoir de quoi il est fait ce bonheur.
Qu’est-ce qui le crée ? Est-ce l’argent, puisqu’il paraît qu’il fait le
bonheur ? Est-ce que ce sont les biens matériels que l’on peut posséder ?
Est-ce la santé, être bien dans son corps, qui crée le bonheur ?
Peut-être aussi que ce bonheur ne peut se trouver que dans un temps
futur ? Il ne semble pas évident, en effet, de pouvoir se satisfaire de ce
que l’on peut vivre maintenant, dans le moment présent… Après tout,
réussir, trouver l’amour, c’est toujours pour demain et jamais pour
aujourd’hui… « Cela ira mieux demain ! »
Peut-être aussi que ce bonheur dépend d’une personne ? N’est-ce pas
l’autre qui est censé nous rendre heureux ?

Intéressons-nous historiquement à ce qui rend l’homme heureux…

Les premiers philosophes grecs

Les premiers philosophes grecs n’étaient pas des philosophes du bonheur,
mais des philosophes de la nature ou de l’être.

Avec Socrate, la philosophie se recentre sur la question de savoir qu’est-
ce que l’homme. C’est le fameux « Connais-toi toi-même » de Socrate. Il
s’agit ici de chercher ce qu’on est, et ce qu’on doit être. C’est aussi se
demander comment penser, comment vivre, et comment être heureux. La
philosophie devient donc une philosophie du bonheur, où celui-ci devient
souverain.
Le but principal est donc de déterminer ce qu’est la « vie bonne ». Est-ce
la vie qui comporterait le plus grand nombre de plaisirs, de joies, de
satisfactions ? Ou est-ce la vie qui est la plus estimable moralement, celle
de l’homme le plus juste, le plus sage, le plus vertueux ?

Pour Aristote, tout être tend vers son bien, et le bonheur est le bien de
l’homme. Quoi qu’on fasse, on le fait pour être heureux, ou pour
s’approcher du bonheur. Le bonheur est le but de l’homme, et tous les
autres buts (argent, pouvoir, etc) ne sont que des moyens pour s’en
approcher. Le bonheur, lui, n’est le moyen d’aucune fin.
Le contenu du bonheur peut être défini par une vie conforme à la vertu,
ou par la contemplation. La vie conforme à la vertu concerne le bonheur
ordinaire des braves gens, la contemplation quant à elle fait référence au
bonheur des sages ou des mystiques.

Pour Epicure, le bonheur est à la fois un hédonisme (plaisir) et un
ascétisme. Il s’agit de jouir le plus possible, de souffrir le moins possible,
en apprenant à limiter ses désirs. Il importe donc d’augmenter le plaisir,
mais par la réduction de ses objets. Cela revient donc à jouir le plus
possible, en désirant le moins possible ! C’est bien le plaisir qui compte, et
non sa limitation…
Pour les épicuriens, il faut donc travailler sur les désirs. Sélectionner ceux
qui peuvent aboutir au bonheur, et rejeter ceux qui nous vouent, au
contraire, à une quête indéfinie, donc à l’insatisfaction, à la souffrance et
au malheur.
Différents types de désirs existent donc.
Il y a ceux qui ne sont ni naturels ni nécessaires, comme par exemple les
désirs de gloire, de richesse, et de pouvoir. Ils sont limités et vains car ils
nous vouent irrémédiablement à l’insatisfaction. Nous n’aurons jamais
assez d’argent, de gloire ou de pouvoir…
Il y a les désirs qui sont naturels sans être nécessaires, comme par
exemple le désir sexuel, les désirs esthétiques ou gastronomiques. Il n’est
pas nécessaire d’y renoncer totalement, mais il fait veiller à ne pas en être
esclave. Il faut jouir de leurs objets quand ils sont là, sans en avoir besoin
pour être heureux…
Les seuls désirs absolument bons sont les désirs naturels et nécessaires,
qu’ils soient nécessaires à la vie elle-même (manger, boire), au bien-être
du corps (avoir des vêtements), ou au bien-être de l’âme, c’est-à-dire au
bonheur. En se contentant de ces seuls désirs, dans une société
équilibrée, ils seront presque toujours facilement satisfaits.
Dans les pays riches d’aujourd’hui, dirait Epicure, les gens ne meurent pas
de faim. Ils sont pourtant nombreux ceux qui ne se disent pas heureux,
parce qu’ils passent leur temps à désirer ce qui est non naturel et non
nécessaire…

Pour les stoïciens, le bonheur passe aussi par une forme d’ascétisme, mais
pas n’importe lequel… Il s’agit d’un ascétisme moraliste et volontariste. Le
bonheur se définit par la vertu et non plus par la jouissance. Si pour les
épicuriens c’est le bonheur qui fait la vertu, pour les stoïciens, c’est la
vertu qui fait le bonheur.

Pour Epictète, la classification des désirs est un peu différente que pour
Epicure : on peut désirer des choses qui dépendent de nous, ou non.
Si nous désirons des choses qui ne dépendent pas de nous, comme être
en bonne santé, beau ou riche, on soumet notre bonheur au hasard. On
devient esclave de ce qui ne dépend pas de nous, d’un virus, d’une crise
économique, d’un accident,…
Si, au contraire, nous ne désirons que ce qui dépend de nous, notre désir
ne peut qu’être toujours satisfait ! Il y a en effet une différence entre
désirer être en bonne santé et désirer faire le nécessaire pour se soigner…
Nous faisons ce que nous désirons ! Et si le traitement ne réussit pas et
que l’on va mourir, là aussi ça ne dépend pas de nous ; il nous reste à
l’accepter et à mourir sereinement…
En fait, l’espérance est un désir dont la satisfaction ne dépend pas de
nous. Accepter ce qui ne dépend pas de nous, cela dépend de nous !
La sagesse stoïcienne est donc une sagesse de l’acceptation de ce qui ne
dépend pas de nous : elle est aussi une sagesse de l’action ou du vouloir,
dans cette acceptation. Le sage ne s’abstient que de ce qui est mal, de ce
qui est indigne de lui, de non vertueux. Pour le reste, il fait pleinement ce
qui dépend de lui. Il ne désire que ce qu’il est en état de vouloir. Comme il
n’a pas d’espérance, il n’a pas de crainte non plus. Il est donc
parfaitement serein, parfaitement heureux !

Pour reprendre Aristote, la sagesse est aussi un art de vivre heureux. Ce
dernier constate aussi qu’il y a dans notre bonheur des éléments qui ne
dépendent pas de nous, et que pour être heureux, il faut être vertueux,
prendre sa vie en main. Il sait aussi combien il est important de ne pas
vivre dans la misère ou dans le déshonneur, d’avoir des amis, d’être en
bonne santé, de ne pas vivre dans un pays en guerre… toutes choses qui
ne dépendent pas de nous ou que très partiellement.
Cette sagesse d’Aristote est donc un juste milieu entre les épicuriens et
les stoïciens ; elle semble mieux correspondre à la nature humaine.

Les Modernes

Pour les Modernes, par exemple Spinoza, la vertu a elle aussi toute son
importance. Elle est cependant différente en ce sens qu’elle donne
davantage d’importance à la place que l’on accorde à l’autre. Un individu
moral pour les Modernes est un individu qui n’est pas égoïste, ou qui l’est
moins que l’autre.

Le problème qui se pose ici est que, parce que nous nous soucions de
l’autre, cela nous rend bien souvent malheureux… La souffrance des
personnes que nous aimons est un obstacle à notre bonheur, tout comme
la souffrance de l’humanité.

Au 17ème siècle, Hobbes montre quant à lui qu’il est impossible de limiter ses désirs à ceux qui sont susceptibles d’une satisfaction totale parce que le désir se vit dans le temps. Dans la nature, seul le présent existe. Mais
l’homme ne cesse de se projeter dans l’avenir via son imagination. Et il le
fait parce qu’une fois un désir satisfait, il ne pourrait plus vivre sans en
avoir un autre. Le bonheur pour Hobbes n’est donc pas un repos : c’est
une marche continue d’un désir à un autre.
Entre alors la notion de pouvoir. Le pouvoir d’un homme réside dans le
fait de s’assurer de pouvoir jouir plusieurs fois de son désir, et de rendre à
jamais sûre la route de son désir futur. Tout désir est désir d’avenir, donc
désir de pouvoir.
Une quête infinie bien loin de la conception d’Epicure… Il semblerait donc,
si Hobbes avait raison, que nous ne serons jamais pleinement heureux,
jamais pleinement satisfaits, jamais pleinement sages…

Pour Kant, le bonheur est la satisfaction de tous nos penchants, de tous
nos désirs. Et si tout le monde veut être heureux, personne ne sait
comment y parvenir…
Le bonheur, ici-bas, est donc inaccessible. Nous aurons toujours des
désirs insatisfaits et nous ne serons jamais, par conséquent, pleinement
heureux. Le bonheur, pour Kant, nous ne pouvons que le rêver, il est, ou
il n’est, qu’un idéal.

Pascal, quant à lui, affirme que nous ne pouvons jamais vivre le bonheur au présent mais que nous passons notre vie à l’attendre ou à craindre qu’il ne dure pas. Raison pour laquelle nous ne sommes jamais heureux…
Il montre aussi que l’homme ne peut pas rester seul avec lui-même sans
tomber dans l’ennui, le dégoût, le désespoir, parce qu’il découvre alors le
peu qu’il est et qu’il attend. Nous nous imposons alors un flot
d’occupations qui semblent viser le bonheur mais qui, en réalité, ne
servent qu’à nous éviter de penser à nous-mêmes. Nous faisons semblant
d’être heureux, pour oublier que nous ne le sommes pas et que nous
allons mourir… D’ailleurs, pour ce philosophe, le seul bonheur que l’on
peut espérer, c’est un bonheur dans une autre vie. Il ne s’agit pas de
renoncer au bonheur. Pour ce philosophe, il s’agit de le chercher dans la
religion. Cette dernière nous permet de rester, dans cette vie, dans
l’espérance d’un meilleur.

Mais qu’en est-il dans ce cas pour une personne qui ne croit pas en Dieu ?
Si Pascal avait raison, un athée ne peut échapper au désespoir et donc au
malheur ; rien ne l’attend au bout du compte après la mort.

André Comte Sponville

Comme l’affirme André Comte Sponville, il semble tout à fait incohérent
de penser que le désespoir soit nécessairement un malheur. On peut en
effet concevoir un désespoir heureux, ou un bonheur désespéré. Pour ce
philosophe bien d’actualité, c’est même le seul bonheur qui paraisse, hors
la foi, concevable. On n’espère que ce qu’on n’a pas. Si nous espérons le
bonheur, c’est que nous ne l’avons pas. A l’inverse, celui qui serait
pleinement heureux n’aurait plus rien à espérer : c’est ce qu’on appelle la
sagesse. Bonheur et désespoir peuvent donc aller ensemble…
Tout l’art consisterait à apprendre à vivre sans espoir, avec désespoir.
Comme pour Spinoza, il s’agirait de vivre avec un bonheur qui n’espère
rien : le réel est suffisant.

Nous pouvons retrouver cette idée chez les bouddhistes et les
hindouistes : seuls les désespérés sont heureux, car l’espoir est la plus
grande torture qui soit, et le désespoir la plus grande béatitude. En
espérant ce qu’on n’a pas, on se torture ; et celui qui n’espère plus rien
peut vraiment jouir pleinement de ce qui est.
André Comte Sponville nous parle là d’une véritable sagesse du désespoir
puisque, pour elle, la seule façon de vivre consiste à ne plus espérer le
bonheur. Nous y reviendrons plus loin dans l’approche bouddhiste du
bonheur.

Il propose ainsi une définition assez modeste du bonheur et qui a le
mérite de correspondre à notre expérience de la vie.
Pour lui, le bonheur, c’est quand on n’est pas malheureux. Mais c’est aussi
et surtout quand la joie paraît immédiatement possible, tout en sachant
qu’elle n’est pas présente en permanence, elle va et elle vient.
Toujours pour André Comte Sponville, « être à peu près heureux, c’est
déjà un bonheur ».

Nos moments de bonheur correspondent aussi à ceux où la question du
sens de la vie ne se pose plus, parce que la vie, ici et maintenant, suffit à
nous combler.
La vie réelle, et non pas celle à laquelle on rêve, est donc très importante.
Si l’on vise autre chose que la vie réelle, c’est que la vie telle qu’elle est
ne nous satisfait pas, et que donc nous ne sommes pas heureux. Cette
quête du bonheur n’a de sens que pour ceux qui ne sont pas heureux.
Ceux qui sont heureux ne sont pas en quête de bonheur et n’ont donc pas
à chercher autre chose que ce qu’est la vie en tant que telle. L’expérience
du bonheur est donc une expérience du présent, de la réalité actuellement
disponible.
Il s’agirait donc de considérer la vie comme étant son propre but. Si nous
n’aimons la vie que sous certaines conditions, quand elle est heureuse, ce
n’est pas la vie que l’on aime, mais le bonheur. Tant que nous
recherchons le bonheur, et non pas la vie, on n’espère que le bonheur que
l’on n’a pas, et il se retrouve reporté à plus tard…

Le vrai secret du bonheur, c’est qu’on ne peut l’atteindre qu’en cessant de
le rechercher, tout en ayant compris qu’il n’est que quelque chose d’idéal,
et que ce qui compte, c’est la vie réelle, qu’elle soit heureuse ou
malheureuse…

L’approche bouddhiste

Comme nous venons de le voir plus haut, il semblerait que, chez les
bouddhistes, « seul les désespérés soient heureux »…

Quand est-il exactement du bonheur dans la tradition bouddhiste ?

Pour le Dalaï-Lama, le bonheur est le but de l’existence. Consciemment ou non, tous, tous les matins, nous aspirons à être bien. Pour certains cela
passe par le travail ou les habitudes du quotidien, pour d’autres par les
loisirs ou l’oisiveté, par l’aventure, pour d’autres enfin par une certaine
qualité de leur vie relationnelle.
Quelle que soit notre manière de le rechercher, et qu’on le nomme, joie de
vivre, passion ou contentement, le bonheur est le but de tous les buts…

Dans son livre, « Plaidoyer pour le bonheur », Matthieu Ricard explique
que « le bonheur est un état acquis de plénitude sous-jacent à chaque
instant de l’existence et qui perdure à travers les inévitables aléas la
jalonnant ».
Dans le bouddhisme, le mot bonheur désigne un état de bien-être qui naît
d’un esprit exceptionnellement sain et serein. Il s’agit « d’une qualité qui
sous-tend et imprègne chaque existence, chaque comportement, qui
embrasse toutes les joies et toutes les peines ». Rien ne semble pouvoir
l’altérer…

Afin de pouvoir avoir accès à ce bonheur, il est important d’acquérir une
compréhension claire de la manière dont fonctionne notre esprit. Le
bonheur dépend ainsi de notre façon d’interpréter le monde. Et s’il est
difficile de le changer, il est par contre beaucoup plus facile de
transformer notre manière de le percevoir.

Celui qui connaît la paix intérieure n’est plus brisé par les échecs, et n’est
plus forcément grisé par les succès. Il peut vivre pleinement les
expériences qui se présentent à lui dans un contexte d’une sérénité
profonde, en comprenant qu’elles sont éphémères et qu’il n’a aucune
raison de s’y attacher. Pas de danger donc de tomber de haut lorsque les
choses tournent mal et qu’il doit faire face à l’adversité.

L’expérience du bonheur s’accompagne en effet d’une vulnérabilité réduite
face aux circonstances, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Comme le
souligne Matthieu Ricard, une force d’âme altruiste et tranquille remplace
alors le sentiment d’insécurité et de pessimisme qui afflige tant d’esprits.

Cette joie qui transcende toutes les circonstances ne vient pas du dehors.
Le bonheur dépend avant tout de notre état intérieur !

Changer notre vision du monde n’implique pas de tout positiver et de faire
preuve d’un optimisme naïf dans toutes les circonstances. On risque bien
de se répéter encore et encore, pendant longtemps, « je suis heureux »,
tant que l’insatisfaction et la frustration qui proviennent de la confusion de
notre esprit font partie de notre vie de tous les jours…
Le bonheur n’est pas non plus un état d’exaltation que l’on doit rendre
permanent. Il concerne plutôt l’élimination des toxines mentales, comme
la colère, la haine, la jalousie, l’orgueil, qui empoisonnent l’esprit. C’est
pour cette raison qu’il est important de connaître le fonctionnement de
l’esprit…

Sans rentrer dans les détails, afin d’apprendre à connaître le
fonctionnement de l’esprit, il paraît important de faire un détour par le
premier enseignement du Bouddha : les quatre nobles vérités.

Les 4 nobles vérités

Le point de départ de l’enseignement du Bouddha est la constatation de
l’existence de la souffrance, pour tous les êtres. C’est la première noble
vérité.
Tous, dès notre naissance, nous souffrons, nous rencontrons des
maladies, nous vieillissons, et nous mourons. Tout au long de notre vie
nous sommes confrontés au fait que le bonheur parfait n’existe pas…

Trois types de souffrances ont été décrits :

  • Il y a la souffrance de la souffrance : un malheur en provoque plusieurs
    autres qui nous font souffrir.
  • Il y a la souffrance du changement : si tout va bien pendant un temps et
    qu’on profite de tout, à un moment on plonge dans la souffrance. On peut
    être heureux aujourd’hui et pas demain : tout change…
  • Enfin, il y a la souffrance omniprésente qui est, quant à elle, une
    souffrance plus existentielle. Elle est notamment liée à la relation corps-
    esprit.

Partant de cette souffrance universelle, le Bouddha s’est ensuite demandé
qu’elle en était la cause. L’origine de la souffrance est la deuxième noble
vérité.
Mais quelle est cette origine de la souffrance ? La réponse est à chercher
au niveau du karma et des émotions perturbatrices.
En termes de karma, la loi de cause à effet trouve ici toute son
importance. Des actions positives, c’est-à-dire vertueuses, auront certains
résultats sur notre bonheur. Tandis que des actions négatives, non
vertueuses ou indifférentes, feront vivre des expériences qui font souffrir,
un peu ou beaucoup.
Quant aux émotions perturbatrices, elles sont la cause du karma. Il en
existe plusieurs types, majeurs et mineurs. La possessivité ou
l’attachement, l’aversion ou le rejet, l’orgueil, l’ignorance, les doutes et
l’interprétation émotionnelle font parties des émotions majeures. Dans le
type mineur, nous retrouverons des émotions comme la colère, le
ressenti, l’agressivité, la jalousie, l’avarice, la vanité, le manque de
confiance, la paresse,…

En ce qui concerne ces émotions perturbatrices, et cela touche de très
près la question du bonheur qui nous préoccupe, il est important de savoir
qu’elles trouvent leur origine dans l’insatisfaction de nos désirs. En effet,
nous passons notre temps à faire en sorte que nos désirs soient satisfaits,
nous essayons… en vain. Le plus souvent, nous tentons de lutter contre
l’impermanence des choses et contre la souffrance, nous tentons de faire
en sorte que notre désir d’être toujours heureux soit réalisé…

Ne pas être capable de gérer ces émotions entraîne des comportements
inadéquats, souvent non vertueux, qui nous éloignent du bonheur.

La troisième noble vérité, ou vérité de la cessation de la souffrance,
désigne le but à atteindre : la fin de toute forme de souffrance. Comment
y parvenir alors que nos actions passées construisent au fur et à mesure
notre karma, notre bonheur ?
Il semblerait que nous pouvons choisir de gouverner nous-mêmes notre
devenir afin de diminuer, voire même de supprimer, notre souffrance.
Avoir des attitudes et des comportements vertueux, ainsi qu’apprendre à
gérer nos émotions perturbatrices, permettra donc de développer un bien
être inaltérable… Accumuler du karma positif permettra de diminuer, voire
d’arrêter, la souffrance.

En choisissant d’agir pour notre bien et celui des autres, il est possible
d’atteindre cet état de plein éveil dont parle le bouddhisme. Pour se faire,
il s’agit de mettre en pratique les conseils sur la voie à suivre enseignés
par le Bouddha. C’est ce qu’on appelle la quatrième noble vérité. La vérité
de la voie englobe un très large éventail de méthodes et de pratiques à
effectuer pour réaliser ce but.

Ces quatre nobles vérités sont la clé de voûte de tout l’enseignement du
Bouddha.

L’expérience optimale

Il y a 25 ans, Mihaly Csikszentmihalyi, un psychologue d’origine hongroise qui travaille maintenant aux Etats-Unis, faisait une « découverte » à propos du bonheur.

Le bonheur n’est pas quelque chose qui arrive à l’improviste et n’est pas le
résultat de la chance. Il ne s’achète pas et ne se commande pas. Il ne
dépend pas des conditions externes mais il dépend surtout de la façon
dont celles-ci sont interprétées.

Le bonheur est une condition qui doit être préparée, cultivée et protégée
par chacun.
Les gens qui apprennent à maîtriser leur expérience intérieure sont
capables de déterminer la qualité de leur vie et de s’approcher aussi près
que possible de ce qu’on appelle être heureux.

Pour Mihaly Csikszentmihalyi, il est tout à fait impossible d’atteindre le
bonheur en le cherchant consciemment. C’est plutôt par le plein
engagement dans chaque détail de sa vie qu’il est possible de trouver le
bonheur et non par une recherche directe…

Afin d’atteindre ce but insaisissable, il apparaît qu’il s’agit de s’engager sur
une sorte de « chemin circulaire qui commence par le contrôle du contenu
de sa conscience ».
Lorsqu’une personne vit un événement, différentes forces qui sont hors de
son contrôle créent des perceptions qui arrivent à son cerveau. Ces
perceptions vont façonner son expérience vécue et vont influencer son
humeur. Ainsi, assez facilement, elle pourra se sentir heureuse ou non…

Souvent, il nous arrive de nous sentir pleinement dans nos actions. Nous
ne sommes pas assaillis par des forces anonymes qui génèrent toutes
sortes d’émotions perturbatrices en nous. Dans ces moments-là, nous
éprouvons un enchantement profond qui deviendra très vite une sorte de
référence ou de modèle de ce que notre vie se devrait d’être.

Ces moments d’expérience optimale sont nombreux dans notre vie.
On les vit intensément lorsqu’on crée une œuvre artistique, lorsqu’on
pratique un sport, lorsqu’un projet professionnel aboutit…
Et bien sûr, ces expériences optimales se vivent avec une formidable
intensité lorsque notre enfant nous sourit, lorsque nous vivons un moment
important en famille. Lorsque nous sommes en relation, dans une relation
vraie…

De nombreuses études ont démontré que des expériences optimales
surviennent aussi quand les conditions externes sont difficiles, dans des
camps de concentration par exemple. Des survivants témoignent qu’au
milieu de leurs épreuves difficiles, ils ont pu vivre de riches et intenses
expériences intérieures en réaction à des événements aussi simples que le
chant d’un oiseau ou la réussite d’une tâche difficile.

En fait, ces grands moments surviennent aussi quand le corps ou l’esprit
sont utilisés jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de
réaliser quelque chose de difficile et d’important. L’expérience optimale
peut donc être provoquée et survient beaucoup moins souvent lorsque la
personne est passive.

Afin d’aller un peu plus loin, arrêtons-nous quelques instants sur les
caractéristiques de l’expérience optimale.

En fait, afin d’améliorer la qualité de notre vie, nous avons recours à deux
stratégies. La première consiste à nous attaquer aux conditions
extérieures pour qu’elles s‘harmonisent avec nos buts. La deuxième
consiste à modifier notre expérience intérieure : il s’agit ici de modifier
notre façon de percevoir et d’interpréter les conditions externes.

Différentes études de l’expérience optimale ont pu mettre en évidence
huit caractéristiques majeures :

  1. La tâche entreprise doit être réalisable. Elle constitue un défi et
    exige une aptitude particulière.
    Une grande joie ou une impression de bonheur peut être déclenchée
    dans certaines conditions, comme lorsqu’on écoute une mélodie ou
    que l’on contemple un magnifique paysage.
    Cependant, dans la plupart des cas, les expériences optimales se
    produisent lorsqu’une activité est dirigée vers un but à atteindre.
    Des aptitudes, des règles, une certaine difficulté ou un défi, ainsi
    qu’un certain investissement d’énergie psychique sont nécessaires
    pour pouvoir vivre cette sensation de bonheur. Nous retrouverons
    tout cela dans des activités telles que la lecture, un loisir, un sport
    de compétition ou non…
  2. L’individu doit se concentrer sur ce qu’il fait.
    _ Lorsqu’une personne dispose de toutes les aptitudes nécessaires à
    l’activité qui lui tient à cœur, elle est prête pour affronter son défi.
    Toute son attention, son énergie psychique est requise afin
    d’éliminer toutes les pensées et émotions non adaptées.
    Cet état de concentration permet à la personne de réaliser son
    activité d’une façon quasi automatique et spontanée.
  3. La cible visée est claire.
  4. L’activité en cours fournit une rétroaction immédiate.
    L’engagement total dans l’expérience optimale est rendu possible
    grâce à la présence d’un but clair et d’une rétroaction immédiate.
    Ces deux composantes sont extrêmement importantes, que l’activité
    prenne du temps ou non.
    L’auteur donne pour exemple une dame de soixante-deux ans qui
    déclare qu’elle trouve son bonheur dans le fait de s’occuper de ses
    vaches et de surveiller son verger. Même s’il lui faut du temps pour
    voir pousser ses fruits, leur croissance fournit une rétroaction
    immédiate source d’un réel plaisir, d’un réel bonheur…
    Cet enchantement est donc lié au fait que l’activité doit être
    « autotélique », ou autogratifiante. L’expérience optimale est une fin
    en soi, elle est recherchée pour elle-même et non pour d’autres
    raisons que l’intense satisfaction qu’elle procure.
    Lorsque l’activité commence à fournir une rétroaction relative à
    l’aptitude, elle devient gratifiante en elle-même. Elle s’accompagne
    de sentiments qui sont fort différents de ceux que nous pouvons
    éprouver dans la vie quotidienne.
  5. L’engagement de l’individu est profond.
    L’engagement de l’individu dans son activité est tel que celui-ci
    devient capable d’oublier, temporairement, les aspects déplaisants
    de sa vie, les frustrations et ses préoccupations. Il n’y a plus de
    place pour les informations non pertinentes ni pour la distraction.
  6. La personne exerce le contrôle de ses actions.
    Cette expérience intense qu’est l’expérience optimale nécessite un
    certain contrôle. Il s’agit plus précisément d’une absence de
    préoccupation à propos de la perte du contrôle ; cette préoccupation
    étant présente dans la plupart des activités de notre quotidien.
    A titre d’exemple, citons le danseur qui, dans une sorte d’état de
    conscience modifié, enchaîne pas après pas sans la moindre pensée
    en termes d’erreur ou d’échec…
    En fait, parce que les gens aiment moins le sentiment d’être en état
    de contrôle que d’exercer ce contrôle dans les situations difficiles, il
    s’agit d’apprendre à renoncer à la sécurité de nos routines
    protectrices. Lorsque le résultat est incertain, on peut l’influencer, et
    donc exercer un certain contrôle…
  7. La préoccupation de soi disparaît, mais, paradoxalement, le sens du
    soi est renforcé à la suite d’expérience optimale
    .
    L’engagement dans une activité accapare l’esprit d’une telle manière
    que l’attention ne peut plus se porter sur le passé, le futur, ni sur
    tout autre stimulus non pertinent. La préoccupation du soi disparaît
    elle aussi, alors que d’une manière générale elle est constamment
    présente dans notre quotidien.
    L’alpiniste, le navigateur, le plongeur, tout comme un père ou une
    mère qui joue avec son enfant… tous perdent leur préoccupation du
    soi.
    En fait, dans notre quotidien, parce que nous nous sentons souvent
    menacés, nous sommes sans arrêt en train d’examiner notre soi, de
    l’analyser.
    Lors d’une expérience optimale, cette analyse passe au second plan.
    Le soi ne se sent pas menacé parce que l’expérience comporte un
    objectif précis, des règles claires et un défi qui correspond bien à
    nos capacités.
    Comme le souligne Mihaly Csikszentmihalyi , la perte de la
    conscience de soi n’implique pas une perte du soi ni une perte de la
    conscience du soi. Ce qui disparaît, c’est l’information que nous
    avons l’habitude d’utiliser pour nous représenter ou nous définir
    nous-mêmes.
    L’accroissement du soi survient lorsque l’interaction est heureuse et
    appropriée, lorsqu’elle offre des possibilités d’action et requiert une
    constante amélioration des aptitudes.
  8. La perception de la durée est altérée.
    Lorsque les personnes décrivent leur expérience optimale, toutes
    expriment que le temps ne se déroule pas d’une manière habituelle.
    Le temps passe souvent plus vite, mais parfois c’est le contraire. La
    notion de temps subjectif est bien différente du temps de l’horloge…

Ces huit caractéristiques sont bien évidemment présentes dans des
activités que l’on choisit dans le but de vivre une expérience optimale.
Elles permettent à l’individu de mettre de l’ordre dans sa conscience et
vivre une expérience positive intense.

Mais qu’en est-il dans notre vie quotidienne ? Peut-on retrouver dans
notre vie de tous les jours des expériences optimales ?

La qualité de la vie dépend de ce que chacun fait de son existence et de
ce qui occupe sa conscience pendant tout ce temps. Les activités ne sont
pas sans effet sur la qualité de l’expérience vécue ; celui qui fait
constamment des choses déprimantes est peu susceptible de connaître le
bonheur. Il en est de même pour la personne qui se focalise sans arrêt sur
ses symptômes ou encore sur des problèmes dans le couple…
Heureusement, les effets psychiques de nos activités ne sont pas
linéaires : ils dépendent de leurs relations avec l’ensemble des autres
activités d’une personne. Manger, par exemple, dans certaines limites, est
une source de bonheur. Il en est de même pour le travail, l’activité
sexuelle, le repos, et bien sûr, les relations familiales ou amicales…

De multiples études ont démontré que la qualité de la vie dépend du
travail et des relations avec les autres. La majeure partie de l’information
que nous détenons à propos de nous-mêmes en tant qu’individu provient
de notre communication avec les autres et de la rétroaction provenant de
notre travail.

Les relations avec nos proches, surtout si nous apprenons à les rendre
authentiques et intenses, sont réellement sources d’expériences
optimales. Elles permettent à l’être humain de se sentir réel et complet.
Et même si l’homme a besoin de solitude et d’intimité, il ne peut faire
l’impasse sur une qualité de vie relationnelle, qu’il retrouvera
essentiellement dans sa vie de famille.

Famille et expérience optimale

Pour reprendre Mihaly Csikszentmihalyi, la famille constitue le premier et
le plus important environnement social. La qualité de la vie dépend donc
grandement de la qualité des relations forgées entre ses membres.
L’énergie psychique que chacun des membres va investir dans les
relations mutuelles et dans les buts de chacun déterminera le sentiment
ou non d’être heureux.

Quand deux personnes décident de se mettre ensemble afin de former un
couple, les partenaires vont devoir très vite apprendre à accepter des
contraintes ; tous les aspects de la vie vont devoir être négociés. Jusqu’à
un certain point, il faut une harmonie des goûts, des intérêts et surtout
une attention portée à l’autre. Vivre ensemble requiert une réorientation
radicale et permanente des habitudes attentionnelles.

Lorsqu’un enfant arrive dans le système familial, le couple doit s’adapter
encore une fois aux multiples changements qu’il apporte : heures de
sommeil, sorties moins fréquentes, vie au travail et économie pour son
éducation. La vie intime du couple est complètement remaniée.
Tout cela peut engendrer des conflits internes ou des querelles conjugales.

S’il est certain que des contraintes externes existeront toujours, il n’en
demeure pas moins vrai qu’il y a des grandes possibilités de joies et de
croissance dans la vie de famille. Les familles qui s’adaptent et
persévèrent sont plus susceptibles d’aider leurs membres à se développer
que celles qui restent ensemble contre leur gré. Cela nécessite bien
souvent un choix volontaire d’investir psychiquement son mariage, sa
famille. Cela permet d’éviter des remises en questions inutiles ou de
rechercher ailleurs ce qui pourrait être source de bonheur.

Pour connaître l’expérience optimale, la famille doit avoir un but, une
tâche commune, qui va orienter l’énergie psychique des parents et des
enfants.

Généralement, il s’agira d’abord de buts généraux à long terme : trouver
son style de vie, construire la maison idéale, fournir la meilleure éducation
aux enfants, transmettre certaines valeurs.
Ces grands objectifs exigent des interactions qui augmenteront la
complexité des membres de la famille. La différenciation permettra à
chacun des membres de se développer et l’intégration, quant à elle,
donnera à chacun la possibilité d’apprendre à entretenir des liens étroits
avec ses proches.
L’apport constant d’objectifs à court terme, comme prévoir d’acheter une
nouvelle chambre pour un enfant, planifier les prochaines vacances ou le
prochain week-end, permettra ainsi à la famille de conserver son unité et
de maintenir l’intérêt de ses membres. Il en va de même pour toutes les
interactions qui vont favoriser la réalisation d’objectifs ou de projets
individuels.

En matière d’interactions justement, la famille va devoir s’assurer de faire
en sorte qu’elles soient les plus claires possibles. Chacun des membres
devra savoir ce qui irrite l’autre, faute de quoi, il ne sera pas possible de
diminuer la tension grandissante qui fait naître l’entropie du système
familial. Les conflits seront donc d’autant plus probables que les buts
seront différents. Seules des interactions adéquates, c’est-à-dire une
communication constante, permettront l’harmonisation des membres de la
famille pris individuellement, du couple, et de la famille dans son
ensemble.

Cette interaction trouve ici toute son importance car elle informe tout le
monde sur les résultats des activités, ou de l’expérience optimale vécue.
La stratégie la plus profitable, et la plus difficile, consiste à trouver
ensemble des activités qui maintiennent l’unité de la famille.

La recherche d’un équilibre entre défis et aptitudes s’avère nécessaire tant
au sein du couple parental, que dans la relation entre les parents et leurs
enfants.

Au niveau du couple, tout semble facile au début car les défis sont clairs
et nombreux pendant la période de séduction.
Au fil du temps, selon les aptitudes des partenaires, les défis deviennent
plus complexes puisque la relation s’approfondit. Beaucoup de choses sont
à découvrir.
Avec le temps qui passe, les défis deviennent plus rares, les réactions
deviennent prévisibles, les jeux sexuels deviennent moins excitants, tout
devient routine. Pour connaître à nouveau l’enchantement au travers
d’expériences optimales, il faut retrouver de nouveaux défis. Ils peuvent
être forts simples comme, par exemple, varier les habitudes journalières
ou hebdomadaires, trouver de nouveaux sujets de discussion, se lier à de
nouveaux amis, avoir de nouvelles activités, et surtout se connaître plus
en profondeur.

Ce seront ensuite des défis liés à des questions plus existentielles qui
surviendront. Ils impliquent la vie à deux à long terme, la venue
d’enfants, etc. Comme le souligne Mihaly Csikszentmihalyi, seul
l’investissement de temps et d’énergie apportera l’approfondissement de
la relation et augmentera la qualité de la vie à deux.

Quant à la relation avec les enfants, généralement elle se porte bien
pendant l’enfance ; il y a un bon équilibre entre les défis de chacun.
Les choses se compliquent un peu plus au moment de l’adolescence… Afin
de maintenir un bon équilibre, les parents devront veiller à avoir des
activités variées et complexes qui intéressent leurs enfants. Les échanges
avec les adolescents devront aussi être quotidiens. Dans ces échanges,
l’adolescent sera considéré comme un jeune adulte dont l’opinion est
valorisée et discutée ; ceci afin d’évaluer le degré des expériences
optimales qui vont lui permettre de devenir adulte. La création d’un
environnement qui lui fournit des activités, dans et hors de la famille, est
une des tâches les plus importantes pour les parents.

La famille qui a des projets communs, une communication ouverte, qui
fournit constamment des possibilités d’action dans une atmosphère de
confiance crée une vie agréable et fait donc surgir l’expérience optimale…

Les relations amicales

Si les relations familiales sont très importantes pour que chacun puisse se
réaliser, les relations amicales sont elles aussi nécessaires. L’homme n’est
donc pas fait pour vivre dans la solitude, il a besoin de ses amis comme
de sa famille.

Il semble beaucoup plus facile de gérer les relations amicales que les
relations au sein d’une famille. Ces relations sont construites sur base
d’intérêts communs et de buts complémentaires. Nous choisissons aussi
nous-mêmes ces relations. Certaines études tendent à démontrer qu’on
serait plus heureux avec des amis qu’avec notre conjoint, les tâches
ennuyeuses étant le plus souvent absentes…

Ce qui est sûr, c’est que chacun se sent confirmé dans son existence
grâce à l’attention de l’autre et aux différents échanges que l’on peut
avoir. Ce type d’interaction préserve l’individu de la solitude
déstabilisante...

C’est dans le contexte des activités amicales que surviennent les
expériences les plus intenses. Ces dernières se produisent lorsque sont
présentes les différents conditions de l’expérience optimale : buts
communs, rétroaction réciproque, et nouveaux défis. Une bonne attention,
une ouverture et une bonne sensibilité, permettront le partage des
pensées et des sentiments intimes. L’amitié provoque un bonheur intense
quand il y a un investissement d’énergie psychique important, même si
c’est rare…

C’est dans le cadre de ces relations que nous apprenons à faire face aux
exigences quotidiennes et à négocier efficacement avec l’environnement.
Ce contexte permettra aussi l’expression de soi, afin de ne pas devenir un
être désaffectisé.

Si la famille assure une certaine sécurité affective de base, les amis
permettent de vivre des nouveautés. Souvent on conserve des souvenirs
de famille, et des souvenirs d’amitiés où l’on se rappelle les excitations
liées aux découvertes…

Dans un registre beaucoup plus large, appartenir à une communauté ou à
un réseau de relations permettra à l’individu de vivre des expériences
optimales afin de se réaliser dans d’autres domaines que la sphère
familiale ou amicale.
Faire partie d’un groupe, un parti politique par exemple, implique bien
souvent d’être confronté à des défis élevés qui nécessitent un
investissement d’énergie maximum. L’individu qui réalise de grandes
choses pour son pays vivra des expériences optimales peu communes !

De plus la communauté, en les aidant, permet à ses membres de
développer certains aspects de leur vie et de les développer. Chacun est
encouragé et confirmé dans ses ambitions…

Pascal DEREAU

Pascal Dereau démarre son parcours par une Licence en Psychologie à l’ULB qui se termine en 1992.

Il entame ensuite diverses formations psychothérapeutiques qui s’intéressent toutes au changement.
Certaines permettent d’intervenir directement dans le concret du quotidien de la personne, d’autres s’intéressent plus particulièrement aux processus de changements activés dans les états de conscience modifiés.

Il se forme en Thérapie Brève au sein de l’Institut Milton H.Erickson de Belgique. Sa formation en Hypnose Ericksonienne au sein du même institut sera complétée plus tard par un Masterclass avec Jeffrey Zeig, élève de Milton H. Erickson.

Avec Bill O’Hanlon, autre élève d’Erickson, et le Docteur Luc Isebaert, Pascal Dereau se formera ensuite en Thérapie Orientée vers la Solution.
Une formation en Thérapie Familiale au sein de l’Association Namuroise de Psychothérapeutes et Systémiciens lui permettra d’améliorer ses interventions dans les problématiques familiales.

Enfin, passionné par les états de conscience modifiés, il se formera ensuite à l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) afin de prendre en charge les personnes souffrant de traumas divers ; et à la Mindfulness Therapy, thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (UCL), méthode s’intéressant notamment à la prévention des rechutes dépressives.

IL poursuit sa formation continue en rencontrant lors de divers séminaires des personnes comme Giorgio Nardone, Betty-Alice Erickson, Yvon Dollan, Stephen Gilligan, Carmine Saccu, Malarewicz, François Roustang, Yvonne Dolan, Cloé Madanes, Dominque Megglé,...

Il exerce aujourd’hui, depuis une bonne dizaine d’années, dans un centre de santé mentale et dans un centre médical comme psychologue et psychothérapeute.

_ Plus d’info sur http://www.psycho-solutions.be

TAGS Hypnose - TAGS Thérapie Brève - TAGS EMDR -
Auteur : Dereau Pascal -

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