Décision, tu nous tourmentes !

Par Monika Sykulska

Si on compare la vitesse de prise de décision par le poisson rouge, qui active les muscles de son corps afin d’échapper au danger, avec celle de l’être humain, nous ne sommes pas les champions de la rapidité. Le poisson rouge perçoit une forme, un stimulus, « décide » que c’est un prédateur et change brusquement de direction en 10 millisecondes. Il courbe son corps avec une accélération qui peut atteindre 50 m/sec (5g). C’est loin d’être un simple réflexe de fuite. C’est un mécanisme élaboré de décision perceptivo-motrice. Pour survivre le poisson choisit, en fonction de la configuration des signaux externes, un programme enregistré génétiquement dans son système nerveux, dans son cas un seul neurone géant, la cellule de Mauthner.

Du catalogue à l’open source

Chez les australopithèques, des grands primates vivant sur leurs pattes de derrière et dont nous sommes les descendants, les programmes encodés génétiquement, la fuite, l’immobilisation, l’attaque, ne suffisent plus à leurs besoins à un moment de l’évolution, il y a plus de 3 millions d’années. Yves Coppens date la naissance de Lucy – notre lointaine grand mère - sur les plateaux l’Est africain à cette époque-là. Michel Brunet situe celle d’Abel au Tchad à 3 – 3,5 millions.

Nous pourrions croire que nos ancêtres avaient eu largement le temps d’améliorer et d’introduire de nouveaux programmes décisionnels « prêts à l’emploi ».

Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ?... Imaginons un instant à quel point la productivité de certains comités de direction serait améliorée s’ils pouvaient appliquer la décision 3896B2W en une fraction de seconde. Il n’en est rien. Au lieu de nous faciliter la vie, en nous léguant un répertoire bien fourni de décisions, nos aïeux ont franchi un grand pas. Ils sont passés du pré-enregistré à... l’infini.

Décider est savoir trancher sans regret

La décision est un acte qui parvient à surmonter une difficulté ou une série de difficultés. L’homme confronté à plusieurs solutions doit choisir une solution plutôt qu’une autre. Il doit juger et trancher en conséquence. C’est probablement ce choix, exigeant de laisser de côté les solutions non utilisables immédiatement, qui provoque nos malaises et réticences avant les prises de décisions. C’est tout à fait naturel, nous avons du mal à nous séparer de quelque chose, de laisser sommeiller quelques possibles.

Du néocortex à la moelle épinière

Les neurosciences, la physiologie, les sciences de la cognition ont fait d’immenses progrès ces dernières années. Grâce à la mise au point de l’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique nous pouvons observer le cerveau en activité.

La décision étant une fonction cognitive complexe, elle provoque un « vrai orage ». Pour analyser une situation et fournir une décision adaptée, toutes les aires cérébrales vont collaborer. Le cortex ne fait pas tout. L’acte décisionnel est loin d’être « tout cérébral ».
A part le néocortex, des structures limbiques plus anciennes l’hippocampe, l’amygdale, impliqués dans les émotions, ainsi que le tronc cérébral et la moelle épinière, contenue dans les vertèbres, s’affairent pendant la décision.

« Faire froid dans le dos » cette expression nous rappelle les sensations thermiques éprouvées par notre corps. Le langage a su rendre compte de l’étendue de certaines actions cognitives, ressenties jusqu’à dans notre chair, avant que les scientifiques n’en apportent les preuves.

Emotion, cognition et action

N’en déplaise aux cartésiens, la décision n’est pas un processus purement rationnel. Elle n’est pas un simple calcul de probabilité ou d’utilité. Une part de l’instinct, des micro-structures héritées persistent.

Trois composants, l’émotion, la cognition et l’action jouent un rôle dans la décision. Les neurophysiologues peuvent localiser ces composants dans le cerveau, ils ne savent pas encore comment ils se combinent, ni quelle est exactement leur interaction.

Dans la décision il y a la jonction du passé (la mémoire), du futur (l’anticipation des effets), et du présent (le contexte donné). Parfois la représentation interne de l’environnement, codée par les neurones de l’hippocampe, est orientée de façon incorrecte.

Le professionnel de l’accompagnement

En quoi la connaissance de bases neuronales de la décision peut-elle être utile ?... Souvent cela nous déculpabilise. Des doutes, des hésitations, l’embarras qui nous accompagnent paraîtront plus naturels. Cette tempête mentale a de quoi nous faire vibrer. Puis, quand on comprend le fonctionnement d’un outil il devient plus familier.

Dans des situations de perplexité la présence du praticien de l’accompagnement sera souhaitable. Celui-ci est un catalyseur des choix. Son existence, sa pratique interpellent :
« Pour avancer dans ma vie professionnelle il vaut mieux que je demande son aide ? »
Nous savons combien cette question, être accompagné ou pas, paraît quelquefois difficile.

Ce qui est formidable avec notre cerveau c’est qu’il parie, qu’il joue « tout ou rien », et tout en écartant certains choix, les jugeant non admissibles, qu’il les mette « de côté » en veille. Ces actions non réalisées restent parfaitement exécutables à tout moment. Dans ce cas, l’intention est déjà une action potentielle.

La décision reste ancrée dans l’espace

Les neurobiologistes nous apportent une étonnante découverte : ils ont localisé dans l’hippocampe 5 groupes neurones « spécialistes » de l’espace. L’hippocampe joue un rôle dans l’orientation et dans la mémoire spatiale. Celle-ci fournit à chaque souvenir un cadre spatial permettant de le restituer avec précision. La position de notre corps dans l’espace, notamment la direction de la tête, aurait une importance dans nos choix.

Lorsque la représentation interne ne converge pas avec l’environnement réel, nous avons des difficultés à réaliser correctement certaines tâches. Dans ces cas nous avons tendance à nous caler sur la base de nos représentations internes erronées. Celles-ci restent modifiables, vu la grande plasticité du cerveau.

Vous avez besoin de vous positionner dans l’espace pour prendre de bonnes décisions.

L’émotion prépare les actes. Dans l’émotion, e-motion, du latin movere, mouvoir et motor, celui qui remue, il y a du mouvement donc de l’action. Les philosophes athéniens le savaient. Ils résolvaient leurs questions en marchant. Nous l’avons oublié.

Et si au lieu de nous « casser la tête » bien assis, nous nous levions ?... changions de position du corps ?... Il est fort à parier que le mental suivrait. Notre cerveau aussi aime à changer de positions. Il en a terriblement besoin.

Vous aider à prendre du recul, à changer de point de vue, d’angles d’approches, c’est notre métier.


Monika SYKULSKA est Consultant en identité, stratégies de communication, ressources créatives, coach.
Nomade, multiculturelle, multilangues,
entre Varsovie, Zurich et Paris elle a été : journaliste radio, TV, presse magazine, pédagogue à l’Académie des Beaux Arts.
Monika est formée à la systémique, aux approches collaboratives, aux Pratiques Narratives, et au MBTI.
Elle est membre de l’Association Européenne de Coaching. Supervisée par Médiat coaching.
- monika.sykulska@attilateam.com
- www.attilateam.com

Article publié avec l’autorisation de Mediat Coaching (www.mediat-coaching.com)


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