Débat

Le titre de psychothérapeute

Le 5 juin 2009, le Sénat français a voté la loi relative au titre de psychothérapeute. Une des motivations de cette loi est la protection contre l’emprise sectaire. Elle serait promulguée cet été...
Pour préciser les choses nous publions cette semaine l’ « Aide Mémoire sur la psychothérapie » de Serge Ginger qui présente quelques chiffres éclairant.

C’est aussi l’occasion de poser trois questions non encore débattues :

  • la protection du titre de psychothérapeute ne serait-elle pas paradoxalement favorable aux sectes ?
  • peut-on confier à des jeunes diplômés la souffrance de l’esprit humain alors que l’histoire des civilisations nous indique que cela relève aussi d’une sagesse issue de l’expérience ?
  • l’affichage clair, pour chaque psychothérapie ou psychanalyse, des critères de « guérison » qui en bornent la durée n’est-il pas de nature à éviter le piège de l’emprise, qu’elle soit sectaire ou de son propre psychothérapeute ou psychanalyse ?
    Nous vous invitons à en débattre dans nos forums (accès aux forums)

AIDE-MÉMOIRE SUR LA PSYCHOTHÉRAPIE

(Quelques chiffres, à titre d’ordre de grandeur)

Professions concernées
- Psychothérapeutes qualifiés, certifiés d’une école reconnue : 5 000 à 7 000 (dont 88 % travaillent en cabinet libéral et 21 % interviennent aussi en institutions)
- Psychanalystes de diverses écoles : 5 000
- Psychiatres : 13 000 - dont une partie formés en psychothérapie
- Psychologues cliniciens : environ 18 000 – dont une partie formés en psychothérapie

Professions d’origine des psychothérapeutes

  • médecins : 5 à 15 %, selon les méthodes
  • psychologues : 20 à 30 %
  • travailleurs sociaux : 25 %
  • professions paramédicales et infirmiers : 25 %
  • divers : enseignants, sociologues, chercheurs, artistes : environ 10 %

Usagers, en France :
- 8 % de la population adulte. Soit 4 millions, qui suivent — ou ont suivi — une psychothérapie ou une psychanalyse

Méthodes
4 principaux courants (subdivisés en nombreuses modalités)

  • humaniste (40 %) :
    • Gestalt,
    • analyse transactionnelle,
    • ACP,
    • hypnose ericksonienne,
    • PNLt
  • psychanalytique ou « psychodynamique » (30 %) : Freud, Lacan, Jung, Adler, Klein, etc
  • thérapies cognitivo-comportementales ou TCC (20 %)
  • systémique familial (10 %)

+ intégratif (ou « multiréférentiel », associant plusieurs courants précédents)

Formation
- une trentaine d’écoles ou instituts privés, dans les méthodes scientifiques reconnues
- Prérequis : niveau bac + 3 et psychothérapie ou analyse personnelle approfondie
- 4 ou 5 années de formation supérieure (à temps partiel, en cours d’emploi)

  • théorie et méthodologie dans la méthode choisie de psychothérapie
  • psychopathologie clinique, appliquée à la psychothérapie
  • pratique supervisé
  • soutenance d’un mémoire théorico-clinique devant jury avec expert externe
  • engagement déontologique
  • accréditation par un organisme de pairs indépendant
    - pas de formation complète en université publique (sauf DU de sensibilisation)
    - âge moyen des étudiants au début de leur formation : 38 ans

Contenu du programme
- corpus théorique de la méthode choisie (historique, développement, méthodologie)
- histoire de la psychothérapie ; les différents courants et méthodes
- la relation thérapeutique ; transfert et contre-transfert
- les techniques d’entretien
- interventions verbales et non verbales
- les étapes de développement de l’être humain et ses perturbations (psychogenèse)
- psychopathologie et éléments de psychopharmacologie
- sexothérapie (la vie sexuelle, ses modalités et ses troubles)
- anthropologie
- neurosciences
- législation, déontologie, institutions médico-psycho-sociales ; le travail d’équipe
- pratique sous la supervision d’un psychothérapeute qualifié (et analyse de cas suivis)

Organismes nationaux représentatifs (France)
- Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse (FF2P) : 4 000 membres
- Association fédérative française des organismes de psychothérapie (AFFOP) : 1 000 m.
dont Syndicat National des Praticiens en Psychothérapie (SNPPsy) : env. 400 membres
- Psy en mouvement : quelques centaines de membres et 4 000 sympathisants

Situation européenne
- Loi dans 7 pays : Allemagne, Autriche, Finlande, Italie, Hongrie, Pays-Bas, Suède
- European Association for Psychotherapy (EAP) : 120 000 professionnels dans 41 pays
- Certificat Européen de Psychothérapie (CEP) : 3 200 heures en 7 ans
Nombre de CEP attribués en Europe : 5 500 dans 38 pays ; en France : 500 environ (dont 2 % seulement ont moins de 40 ans, et 64 % ont plus de 50 ans)
- Soutien du Parlement européen, du Conseil de l’Europe, de la Commission de Bruxelles

Financement

  • remboursement sécurité sociale uniquement pour les médecins
    les psychothérapeutes non médecins ne sollicitent pas le remboursement
    … et payent, de plus, la TVA (sauf les psychologues cliniciens)
  • tarifs habituels moyens : 50 à 90 € par séance de 45 à 60 min, 1 fois par semaine
  • durée totale de la thérapie : très variable (de quelques semaines à plusieurs années ;
    moyenne : un an, à raison d’une séance de 50 minutes par semaine)
  • travaillent en profession libérale : 88 %

Principales indications
- anxiété, stress, dépression, troubles obsessionnels compulsifs (TOC),…
- deuil, séparation, solitude ; troubles post-traumatiques
- dépendances (alcool, drogues, troubles alimentaires,…)
- conflit familial ou conjugal ; problèmes sexuels
- conflits professionnels ou sociaux : chômage, immigration, violence
- troubles de l’enfance et de l’adolescence, échec scolaire, difficultés d’insertion sociale

par Serge Ginger, secrétaire général de la FF2P
Responsable européen du CEP et de l’harmonisation des programmes de psychothérapie dans les 41 pays membres de l’EAP (European Association for Psychotherapy)

Le site de la FF2P

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