Hypnose Nouvelle

Milton H. Erickson

L’hypnose est considérée comme la mère des thérapies, et depuis plus de 50 ans elle est reconnue par les grandes sociétés médicales de la plupart des pays dits « civilisés » comme une pratique à la fois diagnostique et thérapeutique.

L’hypnose proprement dite est née dans l’histoire de la médecine, il y a plus de 160 ans (Mesmer, Braid, Charcot, Bernheim, Freud, Janet, …). Ce n’est qu’après leurs découvertes que les phénomènes spectaculaires d’apparence mystérieuse furent pitoyablement utilisés sur les scènes du music-hall. Fort heureusement, les potentialités surprenantes de l’hypnose dans le champs de la guérison physique, psychique et psychosomatique réveillèrent l’intérêt des scientifiques dès 1930 .

Il est intéressant de distinguer l’hypnose traditionnelle de la nouvelle hypnose. En effet, par ce qualificatif, l’hypnose thérapeutique se démarque clairement de l’ancienne hypnose qui utilisait l’autorité directive pour obtenir l’obéissance par la soumission. Auparavant le patient croyait (et on le lui faisait croire) que c’est l’hypnotiseur qui lui avait injecté la solution. En nouvelle hypnose au contraire, nous partons de l’idée que la solution (physique ou psychologique) émerge au sein même de l’organisme du patient. C’est à l’hypnothérapeute de fournir au sujet le contexte le plus favorable possible (état modifié de conscience et « bain » de suggestions) pour lui permettre d’accéder à ses propres mécanismes d’auto-guérison. Ainsi il pourra découvrir comment utiliser ses propres ressources de changement, et par la suite, résoudre d’autres problèmes par lui-même en pratiquant l’auto-hypnose.

Ainsi, une évolution étonnante s’est faite en hypnothérapie lors du 20ème siècle : elle fut amorcée et développée par le très créatif psychiatre américain Milton H. Erickson qui a intégré à l’hypnose diverses stratégies psychothérapeutiques directives ou permissives pour obtenir des changements concrets. Après sa mort en 1980, l’orientation plus « permissive » de ce psychiatre a inspiré des continuateurs comme Araoz, Rossi, Yapko, … qui désiraient encore se dégager des techniques autoritaires indirectes (provocations, épreuves) ou manipulatoires (suggestion de l’amnésie …).

Pour cela, ils se sont basés sur les études scientifiques portant sur la pensée (dont l’imagerie mentale), les émotions et sensations, le comportement et leurs interactions. Ils intègrent dès lors des stratégies issues des thérapies cognitives dans la pratique de l’hypnose.

Cela permet une relation basée sur une franche collaboration entre un patient expert (explicite et tacite) de son problème et un praticien expert en savoir (psychothérapeutique), en savoir-faire (hypnotique et communicationnel), et en savoir-être : respect des attentes, des motivations du patient mais aussi de la relation de confiance ; de plus, le thérapeute cherche à aider son patient à comprendre « comment » son problème s’entretient ou s’aggrave (plutôt que d’analyser le « pourquoi » orienté sur la petite enfance).

Ainsi, par exemple, dans de nombreuses pathologies, on retrouve de l’ « auto-hypnose négative » intégrant des auto-suggestions négatives puissantes, conscientes ou inconscientes (phrases, images ou impressions) déclenchant de manière incontrôlable des troubles émotionnels, comportementaux, intellectuels ou psychosomatiques. Pour cette raison, beaucoup de patients se plaignent d’une perte de contrôle dans leur problème faisant échouer la plupart des thérapies verbales. C’est donc parce que l’hypnothérapie travaille sur le « même terrain » que la pathologie qu’elle s’avère si rapide et efficace, d’autant qu’en se familiarisant avec l’état hypnotique, on réapprivoise les pertes de contrôle et on (re)découvre des moyens indirects de reprise de contrôle.

D’autre part, un certain nombre de problèmes que l’on peut regrouper sous un vocable fonctionnel les troubles de la transition (TRANSE-ition) sont souvent résistants aux traitements non hypnotiques ; ils surviennent dans les situations de transition entre 2 contextes ou événements différents.
Exemple typique : les patients qui, en passant de leur contexte professionnel à leur contexte privé, ressentent un besoin quasi irrésistible de produire un symptôme voire une crise. (Un des synonymes du mot transe est le mot crise. Cf : Larousse). Cet état pathologique est une transe négative qui aurait en fait pour fonction de modifier leur état de conscience pour accomplir la transition, ce changement de contexte. En effet cette transe modifie leur style d’attention, leur statut émotionnel et leur niveau de tonus. On peut poser trois hypothèses explicatives :

- a) soit ils n’ont pas accès à une modification naturelle de leur état de conscience, qui se fait spontanément chez l’individu asymptomatique, et dès lors ils provoquent une auto-hypnose à conséquences négatives, faute de mieux ;
- b) soit leurs capacités naturelles de modification de conscience sont dépassées par le trop grand contraste entre les deux contextes, à un niveau émotionnel le plus souvent, et/ou à un niveau attentionnel ;
- c) soit encore, ils ont accumulé les stress de façon continue car ils n’ont pas eu suffisamment de moments de décompression (non-respect des cycles ultra-diens, et arrivés en fin de journée, ils n’arrivent plus à créer un état de décontraction (déconnection lacher-prise) autrement que par un symptôme ou une prise de substance extérieure (nourriture, alcool, nicotine, tranquillisants, …)

Quelques exemples :

Certains patients souffrant d’un eczéma atopique passent 20 minutes à gratter leurs croûtes dès qu’ils rentrent chez eux après une journée de travail. Cela peut être pour quelqu’un d’autre une crise boulimique, ou l’engloutissement de 8 verres d’alcool ou d’un autre toxique. Certains utilisent des rituels que l’on peut classer dans les TOC. D’ailleurs, on observe aussi des TOC dans la transition inverse, c’est-à-dire entre le lever matinal et le départ vers l’activité professionnelle. La dépendance tabagique peut également être vue sous l’angle des troubles de la transition : la cigarette « autorise » le fumeur à faire une pause, à déconnecter, à mettre à distance une émotion, et permet donc aussi de transiter d’une activité à une autre.

Il y a encore de nombreux exemples de ce genre de troubles partageant des analogies avec l’état hypnotique : les manies comme la trichotillomanie, etc…
Pour tous ces troubles de la transition, l’apprentissage de l’auto-hypnose va permettre aux sujets de reproduire cette fonction de « sas » pour débrayer, c’est-à-dire pour changer d’état émotionnel, attentionnel et de niveau de tonus ainsi le sujet n’aura plus besoin de son symptôme ou de son problème.
Pour n’en citer que quelques exemples, la nouvelle hypnose a fait ses preuves dans le traitement des troubles anxieux (tels que : anxiété chronique, attaques de panique, angoisses, insomnies, phobies, agoraphobie, trac, timidité et manque de confiance en soi), troubles obsessionnels-compulsifs, syndrome de stress post-traumatique (violences, viols, accidents…) également dans la plupart des troubles dépressifs, psychosomatiques ou fonctionnels (migraines, asthmes, spasmophilie, hyperventilation, allergies, psoriasis, perte de cheveux, acouphènes, lombalgies, fatigue chronique, troubles cardiaques, HTA, troubles urinaires et digestifs : ulcères, colites, gastrite, …) ou encore dans les somatisations, l’hypocondrie et les problèmes sexologiques et gynécologiques (infertilité, douleurs, accouchement,…) ; dans la boulimie et les problèmes de poids, les dépendances (tabac, tranquillisants, alcool,…), les troubles du comportement, les manies, les tics,… dans l’accompagnement des maladies chroniques, le traitement de la douleur, les troubles affectifs et sentimentaux, les difficultés d’apprentissages notamment chez les enfants dont on peut traiter de nombreux problèmes comme l’énurésie, l’encoprésie, les difficultés scolaires et relationnelles, les phobies, les troubles de l’humeur et du comportement, certaines hyperkinésies, etc… ainsi que certains problèmes d’apparence plus flous de « mal-être ».

Dr. Eric Mairlot

Bibliographie
- « The new hypnosis » Daniel ARAOZ, Professeur à l’Université de L.I. de New-York, éd. Brunner/Mazel, 1985
- « Thérapies hors du commun ». L’œuvre clinique complète du Dr. Milton ERICKSON ) - éd. Satas, 1998 - Green Line - 1072, chaussée de Ninove à 1080 Bruxelles
- « Hypnose et sexologie » Daniel ARAOZ, Albin Michel, 1994
- « When living hurts » (dépression) Michael YAPKO, éd. Brunner/Mazel, 1988
- « Handbook of clinical hypnosis, Rhue, Lynn & Kirsch » American Psychological Association, Washington, DC 1993