La vraie convergence reste à réaliser !

Convergences ? Des technologies numériques aux technologies intérieures.

Par Diane Saunier


Quels sont les liens entre le lancement du ephone, la défonce éthylique des enfants ado, la mort sucrée-salée de l’obésité avec son binôme boulimie anorexie, l’épidémie de cancers français, la fascination pour les jeux de surstimulation des neurones ?
Aucun en apparence ?
Alors que la tant attendue convergence numérique est annoncée et célébrée comme la première merveille du troisième millénaire, les pathologies de nos modes de vie révèlent l’opposé de cette convergence : la fragmentation individuelle et collective accélérée d’un grand corps malade.

Quand le corps, les affects et les pensées deviennent des poisons et des addictions, il devient urgent de passer des avancées technologiques aux avancées intérieures, de la consommation hypnotique à la conscience de soi.
Ce retournement et ce sursaut de conscience marqueront le coup d’envoi de la seule convergence qui ne soit pas un leurre : la convergence intérieure.

Convergence ?

Managers, concepteurs et media -particulièrement les hommes-, se rejoignent dans une même célébration autour de l’Ephone, comme le feraient des enfants happés par leur rêve technologique.
Téléphone, plans de ville, cartes, météo, mails, photos, SMS, accès illimité à l’internet sur un même terminal…L’objet culte était récemment présenté sur Europe 1 comme annonçant, « l’entrée dans un nouveau monde, celui de la convergence absolue, celui des réseaux généralisés autour de la planète. On amène au client la capacité d’être connecté 100% du temps dans toutes les situations à tout le réseau mondial, on leur permet d’entrer dans la nouvelle consommation des réseaux ». (Interview en décembre sur Europe 1 du président d’Orange par Jean Pierre Elkabbach)

Et alors ? Et après ?
La connexion aux réseaux planétaires est-elle la réponse aux drames multiples de l’humanité ?
L’échange de paquets d’information, de sons, d’images à des vitesses luminiques changera-t-il quoi que ce soit au sentiment de solitude du grand nombre, à la non reconnaissance de la plupart, à la perte de contact avec la nature, à l’incompréhension globale de ce que sont la vie et le vivant ?
Etre chacun le nœud d’un réseau, un hub humain, se savoir en liaison avec des millions ou milliards d’autres hubs anonymes, se sentir interagissant parce que la technologie nous dit que nous sommes maillés et acteurs, est-il la finalité de la vie ? Donne-t-il plus de valeur à un lever de soleil, à un regard, à une caresse de tendresse, à une pensée, une contemplation ou une émotion ?

Quels fondamentaux humains et quels fantasmes s’abritent derrière ce mot magique de CONVERGENCE ? De quelle aspiration collective ce futur objet culte est-il l’indice ? Et de quelle hallucination ?

La convergence rassemble, réunit, regroupe.
Ce qui était divisé devient un, dans le respect de ses multiples expressions.
L’unique et le singulier de chacun brillent comme facettes multiples d’un seul et immense diamant vivant.
La convergence n’est pas l’uniformité et la pensée unique. Elle est l’illimité de la richesse de chacun reconnue, exposée, célébrée et stimulante. Elle est l’expression d’une totalité aux formes infinies, toujours mouvantes et renouvelées.

Un programme fort attractif que nous aimerions pouvoir appliquer à nos vies et à notre humanité.
Faire converger nos vies fragmentées par les conflits, le stress, le temps explosé, perdu ou récupéré, les contraintes administratives, organisationnelles, professionnelles, les comportements destructeurs, les croyances limitantes, les modèles réducteurs… est l’aspiration de beaucoup.
En ce mot de convergence, chacun y mettra son rêve : un équilibre, un rythme retrouvé, une harmonie, des espaces intérieurs, la paix, le sourire, l’amour, la créativité…

Appliquée à l’humanité, la convergence parle de rassembler en de multiples scènes, les expressions, les expériences, les créations les plus diverses et inventives. Qu’elles soient d’artistes ou de chercheurs, d’enseignants ou de thérapeutes, la convergence célèbre la transversalité et les résonances de chacun avec les nombreuses familles d’âmes qui jalonnent nos vies. Elle ouvre sur le partage et la tolérance. Elle annonce une société de créativité ininterrompue.

Dans une société de convergence, le lien est essentiel. Un lien d’abord humain et non d’abord technologique. Un lien qui ne génère ni addiction, ni dépendance émotionnelle.
Un lien qui ne soit pas fondé sur le divertissement comme système de fuite, ni sur l’extériorisation fébrile et compulsive de ses centres d’intérêt.

Le double jeu d’Internet

Internet a contribué à la naissance de la convergence de multiples façons.
En court-circuitant les hiérarchies obsolètes des vieilles structures et des centres de pouvoirs inadaptés et en tissant des liens jusqu’alors improbables ou impensables.
En posant dans l’inconscient collectif le concept de toile, de trame, qui se superpose à la trame cosmique de nombreuses Traditions et à la non séparativité quantique.
Dans la toile, tout est relié et interagissant, comme dans l’univers, comme dans notre structure atomique. En posant cette empreinte quantique, Internet a généré de nouvelles façons de penser et de créer ensemble, sollicitant l’intelligence collective et collaborative des internautes. Du réseau neuronal sensible et créatif de l’humanité, nous sommes entrés récemment dans l’ère de la conscience collective comme en témoignent des publications rapprochées sur ce sujet.

Toutefois, dans la tentation du tout possible numérique, dans la simultanéité de vies et de communautés virtuelles qui s’inventent chaque jour, dans la prolifération d’avatars, résurgences de l’animal totem des peuples de la terre, Internet est tout autant facteur de confusion et d’addictions.
Les arts - musique, danse, image…- sont un outil évolutif et une magnifique expression de notre pouvoir créateur depuis les premiers âges de cette humanité.
Mais pouvoir accéder quotidiennement à des milliers de musiques et de films, à des dizaines de chaînes, démultiplier ses vies et ses sous-personnalités, conduit à une posture consommatoire effrénée.
Plutôt que de se construire, tout est fait pour que chaque usager se remplisse de sons, d’images, de concepts, de modèles venant de l’extérieur. Quel « extérieur » ? Fabricants et marketers dont la principale finalité est d’entretenir le manque et le désir infinis, pour augmenter les parts de marché.

Il en résulte un morcellement identitaire, une hyperexcitabilité d’adolescents et d’adultes émotionnellement perturbés, avec l’inévitable explosion de comportements de toxicomanies comme les exemples ci-dessous le rappellent.
Les désirs artificiels coupent de l’écoute de ses vraies aspirations.
La sursimulation émotionnelle continue installe réactivité et susceptibilité maladives et éloigne de la profondeur des sentiments.
La surmentalisation de cet océan de données amène à zapper la vie et les besoins réels du corps.
Les champs de fréquence brouillent toute tentative de se relier à plus vaste que soi.

Ainsi, dans ce mot de convergence, chacun projettera ce qu’il est, ce qu’il comprend, ce qu’il ressent, et surtout ce qu’on cherche à lui faire ressentir, comprendre et vivre.
Ceux qui vivent par le seul filtre du monde extérieur feront de la convergence numérique un hypnotique outil de fuite, de dépendance, de consommation immatérielle et d’isolement profond….à la mesure de l’insondable de leur quête.
Ceux qui ont cultivé la relation intérieure mettront en convergence leur regard sur la vie et leurs modes de vie, dans des formes de vie plus harmonieuses et créatives.

La culture quotidienne de la divergence.

Prenons quelques exemples de dérives consommatoires devenues modes de vie.
La consommation d’alcool touche maintenant les 12/14 ans, filles et garçons, avec des comas éthyliques qui disent tout de la défonce, de l’anxiété, de l’ignorance de cet âge.
Derrière l’alibi d’une consommation dite festive, avec des boissons pour ado dites branchées - les premix-, derrière les premiers pas provocants et inconscients d’enfants-ados dans l’addiction, que se joue-t-il ?

Simultanément, le lobby agroalimentaire de la tentation a fait pénétrer son modèle mou-gras-sucré-intense dans chaque foyer avec enfant. Boulimiques, dépendants de sensations régressives diffusées par un marketing aliénant, ils s’enferment dans des obésités pour la plupart incurables.
Que valent des programmes d’information désormais connus de chaque adulte depuis des années, au regard de publicités pavloviennes qui jouent du triptyque désir-plaisir-jouissance et de la redondance abusive et infantilisante ?
1.5 Million de jeunes obèses, 6 millions d’adultes obèses, 20 millions de personnes en surpoids (en France)… Que des enfants et adultes toujours plus nombreux fassent des séjours en unités spécialisées pour une rééducation alimentaire révèle le dévissage d’une société dont les repères les plus vitaux, essentiels, sont devenus inexistants.

Que nous disent ces enfants de notre propre fuite dans la consommation ?
Quel miroir déformant sont-ils des manques et esquives des adultes ?
Se suicident-ils sous nos yeux, poussant à leur limite les comportements que nous leur inspirons, pour mieux nous éveiller à nos impasses ?

« Il y a dans nos sociétés occidentales une épidémie de cancers. On a en France une augmentation de plus de 60% des cas en 20 ans. Les Japonais qui ont 7 à 60 fois moins de cancers que nous, quand ils viennent habiter en occident, ont les mêmes taux que nous. C’est donc une question de mode de vie. Personne n’est responsable de son cancer. Les forces sociétales dans notre société depuis 50 ans sont telles que tout nous pousse à une biologie pro cancer » déclarait récemment David Servan Schreiber sur Europe 1, à la sortie de son dernier ouvrage (Anticancer, Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles. Robert Lafont).

Le message qu’il fait passer n’est pas nouveau et nombre de voies alternatives de santé et de bien être le mettent en pratique depuis des décennies. Mais il était jusque là inaudible pour le collectif. David Servan Schreiber a juste la chance - le kairos : le bon moment- que son expérience personnelle rencontre le mal être et l’attente encore informulée de millions d’êtres.
Il a cette autre chance que sa légitimité de scientifique donne une aura de vérité à ce que tant d’autres ont exprimé par des voies intuitives et expérientielles, en étant considérés longtemps comme des marginaux.
Il a enfin le bénéfice d’un puissant groupe de presse pour le médiatiser.

Les forces sociétales, c’est nous, individuellement et collectivement, et nous en sommes donc pleinement responsables. Notamment au travers de ceux à qui nous avons donné le mandat de nous conduire.
Si les modes de vie - c’est-à-dire nos comportements et choix de vie quotidiens- ont une incidence directe sur nos maladies, ils ne sont que la résultante directe de nos croyances, de nos valeurs, du sens que nous donnons à la vie. Ce qui nous rend d’autant plus responsables !

Autre exemple, les émissions, jeux et supports d’entrainement cérébral pour « muscler son cerveau » ont le vent en poupe. Mémoire, logique, calcul, capacité d’apprentissage, vivacité, tests de QI, jeux télévisés comme Le Grand Quiz du cerveau, sont les dernières folies neuronales des seniors, plus directement concernés.

Que cache cette stimulation pathologique de la mémoire factuelle ?
De quel vide intérieur ces formes compensatoires sont-elles le révélateur ?
Avec quels leurres dérisoires se protège-t-on d’une absence à soi qui porte les noms désormais banalisés de mal être, de stress, de « maladies de société » ?
Du body building au brain training, la recherche de performances révèle la même inquiétude fondamentale, la peur de ne plus exister, celle de découvrir que l’on est passé à côté de sa vie.

Les 3 C de la Convergence Intérieure

Ces faits d’actualité qui envahissent le quotidien de notre société et en constituent la nouvelle trame mortifère démontrent que la vraie convergence reste à inventer.
Ils ont comme dénominateur commun l’absence de présence à sa vie et la fuite - ou l’absorption- dans les sollicitations extérieures. Celles-ci amènent inévitablement la séparation d’avec soi, l’incompréhension de l’autre et la souffrance.

Corps, Cœur, Conscience, les 3 C qui conduisent chaque vie sont étrangement absents, à mesure que le monde se remplit d’une pollution numérique incontrôlable car vide de sens.

Les corps sont malades, déconnectés par excès de branchements artificiels.
Ils sont intoxiqués et surchargés de trop de données, comme un foie peut l’être d’abus alimentaires et d’alcool.
Ni ancrés, ni centrés, ils flottent comme des fantômes enchaînés aux hallucinations collectives.

Les cœurs sont en souffrance, recroquevillés, peureux, incapables de toute vraie rencontre, mais en quête accélérée de sensations d’épidermes virtuels.
Les sentiments sont brouillés par des émotions primaires puissamment entretenues par les media et le système de consommation, ne laissant pas place à la durée et à l’intériorité.
L’incompréhension et le malentendu se posent dans les couples. Comment réussir le rendez-vous avec l’autre quand on n’est jamais allé au rendez-vous de soi ?

Enfin, la boussole de la conscience est démagnétisée par un smog de champs électromagnétiques, par l’absence de centration physique et émotionnelle, par l’identification aux situations et expériences.
Privés de sens, de direction, d’orientation, les êtres multiplient des expériences dont ils ne peuvent extraire le sens et se perdent à eux-mêmes. Il leur est alors facile de se poser en victime ou en dénonciateur. Mais c’est le même jeu de décharge de responsabilité.

C’est pourtant dans le rassemblement et la cohérence intérieure entre CŒUR CORPS ET CONSCIENCE qu’est la première convergence à réaliser.
De la convergence intérieure, naîtra la convergence sociétale, élargie à l’humanité.

Alors, pour des modes de vie plus éclairés et sains, pour un mieux vivre durable et heureux, si l’on remontait au sens sacré de la vie dont nous sommes les hôtes - hors champ religieux.
Si l’on reprenait chacun notre responsabilité et notre pouvoir intérieur ?
Si nous devenions vraiment conscients de ce qui nous convient et de ce qui nous détruit ?

C’est l’unique réponse aux impasses actuelles.
La compréhension intellectuelle ne changera rien.
Les plans d’action accélérés se révèleront rapidement inefficaces, car apportant des réponses artificielles et extérieures.
Seul l’engagement de chacun dans son corps, dans son cœur, dans sa conscience, fera la différence.
Pour cela, nous avons à nous en remettre à l’instance de sagesse qui est en chacun de nous : le Soi - Ame, Esprit- et le discernement qui en résulte.
Une instance si longtemps bâillonnée que dans l’immédiat, son logiciel est inopérant !

Alors, comment savoir ?!
Faire silence et écouter. C’est le premier pas de l’apprentissage qui correspond à une vraie cure de désintoxication pour beaucoup ! C’est là où les rechutes sont le plus nombreuses.
Mais après, quelle liberté.
Certes les jeux, mobiles, géo-localisation et web 2, 3 et + seront toujours là.
Mais plus personne ne sera dupe, et vous aurez le choix de contempler la paix des étoiles et la beauté des êtres, de ressentir le mouvement amoureux de la vie, et de déprogrammer votre vie en faisant place à l’imprévisible, qui sera exactement ce à quoi vous rêviez !

- Diane Saunier,
Coach, Communication et modes de vie, Chargée de cours, Ecrivain, Conférencière.

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