Dossier

Harcelement moral

Harcèlement moral, harcèlement verbal, harcèlement sexuel, mise à l’écart, raillerie, moquerie, mépris, indifférence, refus de communiquer, chantage à la tendresse, culpabilisation, menace, disqualification, il n’y a pas que les coups et la violence corporelle qui fassent mal.

Bureau, usine, entreprise, club de sport, couple, famille, école … la violence peut éclater comme la foudre, ou s’insinuer, ramper, se déguiser. Elle peut se répandre sournoisement et tout contaminer, polluer nos relations à autrui. Elle peut sévir à un endroit précis. Elle peut frapper continûment, quotidiennement ou sévir de façon aveugle et erratique. Mais quelle que soit sa forme, son lieu, son temps, la violence détruit. Elle va droit au cœur, ronge l’estime de soi, atteint l’identité individuelle, elle effiloche les liens sociaux autant que l’esprit de solidarité, elle ruine la santé.

Notre société est aujourd’hui caractérisée par une élévation des actes de violence que par ailleurs elle produit et entretien. Amin Maalouf, lors d’une conférence disait : « Observons un instant le monde qui nous entoure, ce monde passionnant et déroutant qui s’installe à grande vitesse autour de nous. Il y a un paradoxe frappant : d’un côté, grâce aux moyens de communication modernes, nous assistons à un phénomène de mondialisation accélérée. Mais parallèlement à ce phénomène, nous assistons à un raidissement général qui se traduit par une montée sans précédent des haines, des fanatismes, de la violence et de la corruption. Comme si, partout, des hommes et des femmes sentaient leur existence, leur place et leur identité menacées par une évolution incontrôlée et éprouvaient le besoin de s’affirmer avec force espérant ainsi se préserver »

L’être humain répond à différents besoins fondamentaux dont les premiers sont essentiellement physiques (besoin de nourriture, de chaleur, …). Par contre, les suivants sont bien moins définissables. Il s’agit entre autre de « se réaliser », de « se faire une place dans la société », de « s’intégrer à un groupe », de « se sentir en sécurité ». L’individu aspire au succès psychologique, à la reconnaissance et à l’estime de soi.

L’entreprise et/ou l’organisation, quant à elles, poursuivent leurs propres objectifs de rendements, de profits, de croissance, de développement économique au détriment de l’humain. L’Homme y est vu comme un moyen pour y parvenir. L’entreprise ne tient pas compte de son unité ni de sa complexité. Elle développe ainsi et autorise des modes relationnels pervers.

Toutefois, ces modes relationnels ne retrouvent pas seulement au bureau, à l’usine, dans l’entreprise. On les retrouve au sein des familles, des couples, de l’école aussi.
Si l’autre résiste à mon désir, déçoit mes attentes… il me dérange, il me met en colère, je peux déployer une énergie ravageuse qui s’initie dans le souhait secret de « détruire » cette autre. La violence est une négation de l’autre : « Tu dois être uniquement que ce que j’attends que tu sois ». C’est le message caché de tout acte de violence. La violence n’a pas toujours besoin de manifestation physique. Une insulte, un sarcasme, une parole humiliante … autant de manières de faire comprendre à quelqu’un qu’il n’est pas ce qu’il doit être, qu’il n’est pas qui on voudrait qu’il soit., qu’il ne peut surtout pas s’éloigner ni quitter notre propre désir.

Mais il y a aussi des formes plus subtiles, moins visibles de dénier l’autre dans ce qu’il est. Ce sont toutes ces formes de violence cachées au nom de l’amour. Les amoureux, les parents peuvent être violents sous le couvert du sentiment qu’ils entretiennent à l’égard de l’autre ou de leur progéniture. Surtout si cet autre ne correspond pas à l’idée bien arrêtée qu’ils se sont fait quant à ce qu’il doit être, devrait ou ne devrait pas faire. Toutes les stratégies déployées alors peuvent relever de la violence ; et particulièrement l’une des plus dangereuse et destructrice à savoir : la culpabilisation. « Si tu es ce que tu es, si tu agis en fonction de ce que toi tu ressens, de ce qui est bon pour toi, alors je souffre, tu me déçois ! » N’est-ce pas une forme très subtile de négation ou de déni de l’existence de l’autre ?

Alors comment sortir de la violence ? D’abord par l’accueil de soi. Par l’amour de soi. Nous développons des comportements violents plus facilement lorsque nous ne nous aimons pas, car nous nous nions nous-même. Nous ne nous donnons pas existence. La violence s’envole par la fenêtre de l’affirmation de soi. Souvent nous pensons que ne pas être violent, c’est « penser aux autres », donc ne pas trop s’affirmer, ne pas prendre sa place, ne pas déranger. Le terreau de la violence repose sur une profonde négation de soi, sur la haine de soi et donc en prolongement sur la négation de l’autre. S’affirmer c’est permettre à l’autre de s’affirmer en retour.

Comme dirait Jacques Salomé : « S’affirmer c’est aussi apprendre à dire NON pour oser des vrais OUI, ce n’est pas oublier qu’une communication vivante est celle qui permet un juste équilibre entre la possibilité de pouvoir demander, donner, recevoir et … refuser. Oser refuser c’est aussi apprendre à recevoir. Oser demander c’est apprendre à donner. Ces quatre mouvements font partie d’une recherche permanente d’équilibre indispensable à la vivance, à la santé de toutes relations.

Une sérieuse remise en question, individuelle et collective, s’impose.

Christiane Franken, Psychomotricienne et formatrice en communication et relations humaines


Parmi les méthodes utiles à l’affirmation de soi, la méthode Espere de Jacques Salomé propose des outils susceptibles de nous aider largement. (Cliquez ici pour voir la présentation de la méthode et des formations)

TAGS Méthode Espere -
Auteur : Art et Communication -

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